GÉOGRAPHIE, HISTOIRE ET GÉNÉALOGIE DE LA BRIÈRE

 

 

 

PATRONYMES ET DÉMOGRAPHIE

 

 

 

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SOMMAIRE                                 

 

Introduction  

              

Le XVII° siècle

 

Étude sur les patronymes (noms et prénoms)                             

Première période 1590 - 1636      

Deuxième période 1637-1700                          

Les habitants dans leurs îles                           

Essai sur l’origine des noms briérons       

Variations d’orthographe des patronymes

 

Évolution démographique         

Natalité

Nuptialité

Mortalité

 

 

Le XVIII° siècle

 

Étude sur les noms et prénoms

Première période 1712 - 1747      

Deuxième période 1748 - 1792     

 

Évolution des patronymes durant les XVII° et XVIII° siècles

Étude à partir des naissances       

Étude à partir des couples procréateurs   

Tableaux de répartition des patronymes  

 

Évolution démographique         

Natalité        

Nuptialité      

Mortalité       

Lieux de sépulture   

Longévité - Espérance de vie 1718 - 1747

Longévité - Espérance de vie 1748 - 1792

 

Vue d’ensemble sur l’évolution démographique

Estimation de la population       

 

ANNEXE : Le XIX° Siècle à St. JOACHIM      

 

 

 

INTRODUCTION

 

Les Briérons ont toujours intrigué les historiens, ethnologues et autres anthropologues. Quelle est l’origine de cette population qui a si longtemps vécu en autarcie? D’où ont bien pu venir ces hommes et ces femmes de tout temps fidèles à leurs îles et à leurs marais, fiers et ombrageux, se méfiant de tout ce qui est hors-venu?

 

Des réponses ont été tentées. Les invasions normandes, l’occupation de la Gaule par les Romains, la préhistoire ont été sollicitées. Cela n’a abouti qu’à des suppositions de style légendaire, peu satisfaisantes pour l’esprit.

 

A l’opposé, on a voulu rechercher, pour les conserver, les souvenirs que nos parents et grands parents ont transmis à leurs enfants et qui, réunis, constituent la mémoire collective du pays. Avec l’étude de documents, généralement du XIX° siècle, ils ont fait l’objet de diverses publications, en particulier celles de l’abbé A. VINCE. Il faut noter de lui: «Briérons ...naguère» dont le titre est très précis. «Naguère» signifiant «dans un passé récent», il ne faut pas en faire «autrefois» et penser que les modes de vie que les anciens d’entre nous et leurs parents ont connus étaient ceux d’autrefois. D’ailleurs, si l’évolution du monde s’est accélérée au XX° siècle, elle a toujours existé et le mot même «autrefois», trop général, ne devrait pas être employé. Il ne peut correspondre à la fois au début d’un siècle et à sa fin. Les changements sont trop importants.

 

Il faut donc prendre son parti de l’impossibilité où nous sommes de retrouver l’origine des premiers habitants de la Brière d’une façon autre que subjective. Par contre, il a paru possible de mieux connaître nos Briérons au cours des deux siècles qui ont précédé la Révolution.

 

Montoir était alors la grande paroisse briéronne. Uniquement composée d’îles émergeant du marais, elle s’étendait de Penhoët à Kerfeuille, couvrant les communes actuelles de Montoir, St-Malo, St- Joachim, Trignac et une partie de St-Nazaire. Elle rassemblait donc la majorité des gens qu’il nous intéresse de connaître.

 

Les XVII° et XVIII° siècles sont d’autre part ceux où la tenue des registres paroissiaux se généralise, permettant une connaissance personnelle et familiale des habitants.

Cependant leur mode d’établissement, parfois leur difficulté de lecture, souvent le mauvais état de leur conservation, ont nécessité leur réécriture et l’établissement de nouveaux documents plus faciles à utiliser.

 

C’est le résultat de leur exploitation qui est présenté ici en ce qui concerne l’étude des patronymes et de la démographie. On y trouve beaucoup de chiffres, de tableaux, de graphiques.

Les chiffres sont ce qu’ils sont, têtus, mais base et garants de l’objectivité d’un travail. Les tableaux sont le meilleur moyen pour rapprocher les chiffres, les comparer et se faire une opinion à leur sujet. Les graphiques visualisent parfaitement les évolutions convergentes ou divergentes de différentes situations. Ils parlent souvent mieux qu’un long discours.

Ce travail ne résout pas le problème des origines de la population briéronne mais permet d’un peu mieux connaître nos ancêtres d’il y a deux, trois ou quatre siècles.

 

 

 

LE  XVIIème  SIÈCLE      

 

ÉTUDE SUR LES PATRONYMES  (noms et prénoms)

 

PREMIÈRE PÉRIODE :   1590 - 1636

 

LES   PATRONYMES

 

L’étude des ménages ayant eu des enfants ou ayant assuré un par­rainage entre 1626 et 1637 a permis d’identifier 1855 personnes dont la plupart sont nées entre 1590 et 1620.

 

Ce travail, qui porte sur l’ensemble de la paroisse de Montoir, per­met d’avoir une idée de ce qu’étaient les patronymes à la fin du XVI° et au début du XVII° siècle.

En France, c’est le règne d’Henri IV, puis la régence de Marie de Médicis, avec Concini.

On relève 230 patronymes différents :

189 d’entre eux comptent moins de 10 personnes chacun pour un total de 462 sur 1855.

Les 41 autres totalisent 1393 personnes, soit 75 % de la pop­ulation. Ce sont eux qui donnent une image du pays à cette époque.

Sur ces 41 noms, 8 représentent plus de 50 personnes, soit 660 habitants, ou 35 % du total.

Sur ces 8, Trois  ont plus de 100 personnes, soit 330 ou 18 %. Ce sont les AOUSTIN, MOYON, OLLIVAUD (dans un mouchoir). Un habitant de Montoir sur 5 porte l'un de ces noms.

 

Voici la liste des 41 patronymes dans l’ordre d’importance :

 

Nom

 

Nom

 

Nom

 

OLLIVAUD

111

SANSON

35

DHERVE

14

MOYON

110

LE BARBIER

33

CHAUVEAU

14

AOUSTIN

109

JOUAUD

33

BOSSINOT

13

VINCE

 94

FOURE

30

DUVAL

13

BECCARD

 67

MARTIN

29

PASQUETTE

13

PHILIPPE

 61

CHARON

25

DENIER

12

HALGAN

 54

PINCET

23

PICAUD

12

DENIAUD

 54

BROBAND

22

TREMAUDEUC

11

DUPIN

 49

ESLAN

21

HARAUD

10

ROTHOUX

 44

COUGNIL

20

JAMET

10

BERNIER

 39

NICOLAS

18

LEGAL

10

MAHE

 39

ANDRE

16

POULLIER

10

MACE

 37

DULOC

16

THIBARD

10

THOMAS

 37

MOREAU

15

 

 

 

 

De nos jours, on dirait qu’une étude faite à partir d’un sondage por­tant sur 1855 individus est sérieuse.

 

Etudions maintenant, dans la même optique, les noms des enfants nés de 1626 à 1637 et issus des précédents.

Nous sommes sous le règne de Louis XIII et le gouvernement de Richelieu. Depuis 1591, Guy II de Rieux est vicomte de Donges. En 1610, la vicomté de Saint Nazaire est passée de la maison d’Avaugour-Bretagne à celle de Goulaine.

 

Pendant cette période, il y a 1639 naissances enregistrées à Montoir.

 

On relève 175 patronymes différents :

131 d’entre eux comptent moins de 10 personnes chacun pour un total de 379 sur 1639

Les 44 autres en totalisent 1260, soit 77 % des naissances.

Sur ces 44 noms, 5 représentent plus de 50 baptêmes, soit 418 ou 25% du total.

A noter que sur les 1639 naissances, il y en a 19 d’illégitimes, dont un certain nombre d’accouchements de filles-mères de paroisses voisines, camouflées loin de leurs familles. La plupart de ces baptêmes sont inscrits à part. On les trouve en fin de registre et à l’envers.

Noter aussi que 54 de ces nouveaux nés sont jumeaux, soit 27 naissances gémellaires. 8 sont signalées posthumes.

 

Voici ces 44 patronymes classés par ordre d’importance :

 

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

+

MOYON

106

 

JOUAUD

29

+

DENIER

14

+

AOUSTIN

 97

 

PINCET

28

-

BROBAND

13

+

VINCE

 83

+

TREMAUDEUC

26

+

GILLET

13

-

OLLIVAUD

 79

 

LE BARBIER

23

-

CHARON

12

+

HALGAND

 53

 

COUGNIL

23

 

CHOTARD

12

 

PHILIPPE

 45

 

MARTIN

21

 

NICOLAS

12

+

ROTHOUX

 43

+

MORAUD

20

 

GAUVAIN

12

-

BECCARD

 42

+

ANDRE

18

 

LERAY

11

+

FOURE

 40

+

DHERVE

18

 

NICOU

11

+

THOMAS

 38

+

DUVAL

18

 

ESLAN

10

 

BERNIER

 37

-

SANSON

18

 

POULLIER

10

 

MAHE

 34

 

DULOC

17

 

BOUCAN

10

 

MACE

 33

 

ROUAUD

17

 

CHAUVEAU

10

-

DENIAUD

33

+

BOSSINOT

16

+

ROBERT

10

-

DUPIN

30

+

JAMET

15

 

 

 

 

 

 

Les signes + et - placés devant les noms signalent ceux qui sont, d’une façon significative, en progression ou en régression.

 

L’étude de cette évolution ne peut valablement se faire que sur une longue période, aussi la ferons-nous ultérieurement pour l’ensemble des XVII° et XVIII° siècles.

Notons cependant l’éclatement du peloton de tête, facilement explicable quand on sait qu’au tableau précédent, sur les 111 OLLIVAUD, il y avait 46 hommes, tandis que sur les 110 MOYON, il y en avait 58. Les hommes transmettant le nom, le résultat est évident.

 

 

LES PRÉNOMS

 

En cette première moitié du XVII° siècle, quelques prénoms dominent nettement. Prééminence qui vient sans doute de loin et se prolongera sur plus de deux siècles encore.

 

Prénoms masculins : en tête Jean et Pierre. Mais établissons-en une liste par ordre décroissant:

      Jean             19 %            Jacques        6%          

      Pierre           14 %            Julien            6%

      Guillaume        8 %             

                        

Suivent, avec entre 3,5 et 2,5 % : Nicolas, Olivier, Denis, René, Estienne, Michel, François.

 

Puis de nombreux prénoms peu portés, parmi lesquels on peut cependant noter: André, Bertrand, Charles, Claude, Gilles, Louis, Luc, Noël, Simon, Thomas.

 

Il n’est pas étonnant de trouver en tête les trois grands apôtres: Jean, Pierre et Jacques. Pourquoi Julien ? Son titre de patron des voyageurs, à une époque où l’on marche beaucoup, explique peut-être cette place.

Guillaume est si couramment utilisé en France qu’il est quasiment devenu commun: on dit un guillaume, comme de nos jours, un type, un jules.

 

Remarquons aussi les absences, dont certaines sont étonnantes: celle de Joseph qui est totale et de Paul qui l’est presque autant. Il n’existe pas non plus de prénoms bretons.

Les aînés héritaient généralement des prénoms des parents, par­rains, grands-parents, ce qui n’assurait pas forcément la perpétua­tion dans la famille car la mortalité frappait aussi bien les aînés que les autres. Il était assez courant de redonner le prénom d’un enfant mort.

 

Prénoms féminins : comme pour les garçons, Jeanne et Perrine arrivent en tête :

Jeanne          18%             Marie            5%

      Perrine         13%             Renée           5%

      Julienne         11%             Jacquette      4%

      Françoise        6%

 

Entre 3,5 et 2,5 %, on trouve dans l’ordre: Catherine, Guillemette, Michelle, Olive, Denise, Claudine.

Ensuite quelques Anne, Etiennette, Laurence, Louise, Magdeleine, Marguerite, Simone.

Parmi les formes féminines de prénoms masculins, certaines surprennent : Alienne (de Alain), Gildase, Gillette, Guyonne, Macée (de Macé = Mathieu), Roulette ou Raoulette, Servaise, Thomase ou Thomasse, Marquise (de Marc).

Noter aussi l’emploi l’un pour l’autre, indifféremment d'Elisabeth ou Isabelle, de Florence ou Fleurie ; parfois Orphraise ou Euphraise, féminin de Geoffroy.

Remarquons aussi la place médiocre de Marie. La renaissance du catholicisme à cette période n’avait pas encore porté ses fruits jusque chez nous et le culte marial ne s’épanouirait pleinement qu’un siècle plus tard, après le passage du Père de Monfort.

Anne, aussi, est quasiment absente. C’est pourtant à cette époque, en 1624, que débute l’aventure de Nicolazic à Keranna, qui devait faire de la mère de Marie la sainte la plus populaire de la région.

 

(Haut de page)

 

DEUXIÈME PÉRIODE : 1637 - 1700

 

LES PATRONYMES

           

I -  1637 - 1666

 

Pour les 30 années qui s’écoulèrent entre 1637 et 1667, nous n’avons aucun registre. Ce sont les dernières années du règne de Louis XIII et du ministère de Richelieu, la régence d’Anne d’Autriche et le gouvernement de Mazarin, la triste époque de la Fronde, qui vit le Parlement de Paris et les princes se rebeller contre le pouvoir royal.

 

Un long travail effectué sur les naissances qui suivirent cette époque, c’est à dire de 1667 à 1685, a permis d’identifier 1785 per­sonnes (pères et mères), pratiquement toutes nées entre 1637 et 1666.

 

On relève 251 patronymes différents dont 210 comptent moins de 10 personnes chacun pour un total de 513 sur 1785.

 

Les 41 autres totalisent 1272 individus, soit 71 % de la population. Sur ces 41 noms, 8 représentent plus de 50 âmes, soit 663 habi­tants ou 37 % du total.

 

Liste de ces 41 patronymes par ordre d’importance:

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

AOUSTIN

111

 

ROTHOUX

28

 

NICOLAS

15

 

MOYON

108

 

ESLAN

25

 

SANSON

14

 

OLLIVAUD

90

 

BERNIER

19

 

ANDRE

12

 

VINCE

90

 

CHARON

19

 

COUGNIL

12

 

PHILIPPE

76

 

DULOC

18

 

PAULMIER

12

 

HALGAND

67

 

PEZERON

18

 

POULLIER

12

 

MAHE

67

 

MORAUD

18

 

ROBERT

12

 

FOURE

54

 

CHAUVEAU

16

 

BROBAND

11

 

DENIAUD

40

 

DUVAL

16

 

TREMAUDEUC

11

 

MACE

38

 

MARTIN

16

 

ROUAUD

11

 

BECCARD

37

 

BOSSINOT

15

 

LERAY

10

 

THOMAS

31

 

DHERVE

15

 

MAHIET

10

 

JOUAUD

29

 

GILLET

15

 

LE BARBIER

10

 

DUPIN

28

 

JAMET

15

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II - 1667 - 1700

 

Ce dernier tiers du XVII° siècle est marqué par le règne personnel de Louis XIV et par le génie de Colbert qui met véritablement en place l’organisation administrative du royaume.

 

Nous avons une collection presque complète des registres dont l’étude fait apparaître un total de 3589 naissances couvrant 282 patronymes.

 

238 de ceux-ci totalisent 1004 naissances et comptent moins de 19 personnes chacun.

 

Les 44 autres totalisent  2585 naissances, soit 72 % de l’ensemble. Trois d’entre eux dépassent les 200 et en représentent 21 %. A eux seuls, les Moyon, qui prennent la tête, représentent 8 % de la population.

 

25  de ces naissances sont illégitimes,

 

128 sont celles de jumeaux, soit 64  naissances gémellaires,

 

 26 sont posthumes.

Liste des 44 patronymes par ordre d’importance:

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

+

MOYON

287

+

NICOLAS

38

-

LE BARBIER

24

 

AOUSTIN

253

+

BROBAND

37

 

GILLET

23

 

VINCE

209

+

RABAS

35

 

CHARON

23

+

HALGAN

162

 

ANDRE

34

+

BREDET

22

 

OLLIVAUD

146

-

BECCARD

32

+

LAISNE

22

+

MAHE

139

 

TREMAUDEUC

32

 

LERAY

21

 

PHILIPPE

128

 

MARTIN

32

 

ROBERT

21

+

DENIAUD

101

+

ESLAN

31

+

BROSSAUD

20

 

FOURE

89

 

DUVAL

30

+

TASSE

20

+

JOUAUD

66

 

JAMET

29

-

BOSSINOT

20

 

MACE

64

+

MORET

27

-

DULOC

19

 

DUPIN

51

+

POULLIER

26

+

BOULET

19

 

THOMAS

51

+

CHAUVEAU

25

+

LEFEBVRE

19

+

PEZERON

46

 

GAUVAIN

25

+

RICORDEL

19

-

ROTHOUX

44

-

BERNIER

24

 

 

 

 

 

LES PRÉNOMS (1667 -1700)

 

Prénoms masculins

 

Ce qui est remarquable, c’est la stabilité des prénoms dominants tout au long de ce siècle. Jean, Pierre et Guillaume réalisent  le score même que nous avons constaté dans les premières décennies. Voici les résultats des relevés:

    

      Jan              19 %

      Pierre           14 %

      Guillaume      8 %

      Estienne        7 %

      Julien            6 %

      François        4 %

      Jacques        4 %

 

Suivent Denis et René avec environ 2 %.

Puis, derrière, on trouve dans l’ordre: Louis, Nicolas, Maurice, Gilles, Luc, Joseph, Michel, Noël, Olivier, Joachim, Alain, Claude, André et d’autres beaucoup plus rares encore.

Quelle évolution peut-on noter par rapport à l’étude précédente ?

 

On l’a vu pour les trois têtes de liste: stabilité remarquable, ainsi que pour Julien.

Recul de Jacques, remplacé à la quatrième place par Estienne qui fait une remontée spectaculaire. En même temps, apparaissent Joseph et Joachim, complètement absents précédemment.

 

C’est le résultat de ce que l’on a appelé la Renaissance ou contre-réforme catholique. Le rôle des saints protecteurs a été mis en évidence. Il en découle une dévotion accrue dont bénéficient saint Estienne, patron de l’église paroissiale, saint Joseph, patron de la chapelle élevée sur l’île de Méan et saint Joachim patron de celle érigée au milieu de l’île de «Grande Isle».

 

La remontée de François préfigure la grande dévotion à ce saint qui va se concrétiser par le succès de son Tiers Ordre.

Notons de nouveau l’absence presque totale de Paul.

 

 

Prénoms féminins

 

Contrairement à ce que nous avons vu pour les garçons, il y a un sérieux changement en tête de classement. Le renouveau de la dévotion à la Vierge fait que son nom est le plus souvent donné.

Voyons plutôt le résultat de l’étude:

      Marie            20 %

      Jeanne          16 %

      Perrine         16 %

      Julienne        7 %

      Françoise      6 %

      Renée           4 %

      Catherine      3 %

      Jacquette      3 %

      Anne            2 %

Suivent, dans l’ordre: Marguerite, Guillemette, Michelle, Claudine, Ollive, Magdeleine, Isabelle, Estiennette, Louise, Hélène, Denise, Suzanne, Rose, etc....

Le fait caractéristique, en cette fin de siècle, est donc la promotion de Marie et aussi celle plus modeste de Anne qui remonte notablement.

On peut aussi remarquer deux prénoms très rares à l’époque, mais toujours employés au féminin: Eugène et Ancelme.

 

         

LES HABITANTS DANS LEURS ILES

 

Connaissant les paroissiens par leurs noms et prénoms et les différentes îles composant Montoir, il était important d’étudier l’adéquation des uns aux autres.

Les renseignements concernant la localisation des gens manquent souvent. Le premier travail fut donc la détermination d’une période suffisamment longue pour être intéressante. Il s’avéra que les années allant de 1667 à 1682 étaient celles où les indications de domiciles dans les registres paroissiaux étaient les plus fréquentes.

Un travail long et fastidieux s’ensuivit. Il s’agissait d’identifier un par un les gens ayant vécu pendant cette période et d’essayer de les localiser en partant d’abord des registres de baptêmes, puis de rechercher sur ceux de décès et de mariages les renseignements manquants.

Il parut nécessaire de ne tenir compte que des personnes ayant atteint au moins l’âge de 10 ans. A l’époque c’était déjà l’adolescence et ceux qui y étaient parvenus avaient de bonnes chances de devenir adultes.

 

Ce postulat posé, le travail donna les résultats suivants:

Personnes identifiées      3180

Personnes localisées       2643   soit 83 %

 

L’examen de la liste des non domiciliés permet de penser que ces  17 % ne sont pas répartis différemment des autres 83 %.

Dire que ce travail a une valeur d’exactitude scientifique serait bien prétentieux. Des erreurs ont pu être commises, par exemple des doubles emplois par suite de déplacements sur cette période de quinze années. Mais on peut lui donner la valeur d’un recensement et en tirer les renseignements adéquats:

- Répartition de 2643 habitants, par île et donc importance démographique de celles- ci les unes par rapport aux autres.

- Répartition géographique des patronymes non plus sur l’ensemble de la paroisse, ce que nous avons par ailleurs, mais île par île.

 

Nous ne donnerons pas ici une étude détaillée pour chaque île, mais quelques tableaux résumant la situation d’ensemble.

 

Un premier tableau fera apparaître pour chaque île la répartition des 2643 personnes localisées, ce que cela donne en millièmes et, après une estimation de la population totale, la situation du peuplement probable de la paroisse à l’époque choisie.

Il a d’abord fallu faire une estimation globale du nombre d’habitants.       

Pour cela on est parti des naissances de la période considérée dont la moyenne annuelle est de 132. Un taux de natalité de 35 pour mille habitants a paru convenable. Ce taux, appliqué à la moyenne des naissances, donne une population de 3800 habitants pour Montoir.

 

Tableau d’estimation de la population : (voir le tableau)

 

 

Précisons que «Grande-Isle» est l’île où se trouve le bourg de St-Joachim et qu’«Aignac» comprend l’ensemble actuel : Aignac, Ménac et Bais, que l’appellation «îles de l’intérieur» s’applique à celles qui constituent actuellement la commune de St Joachim, et celle d’«îles du sud» concerne Trignac, Méan, Gron, Bert, Aisne, Penhoët etc...

 

Voyons maintenant la répartition  géographique des patronymes, île par île, non pas en valeur absolue, mais en pourcentage de la population, ceci pour les noms les plus courants ou les plus significatifs.

Le pourcentage indiqué est donc celui du patronyme concerné sur la population totale de l’île. Ainsi les MOYON représentent 28 % des habitants de Fédrun.

 

Tableau de la répartition de la population : (voir le tableau)

 

Les limites de ce travail sont celles de toute étude de ce genre. La loi des plus grands nombres jouant, il est sûr que les chiffres donnés pour les îles les plus importantes et les noms les plus courants sont plus près de la réalité que ceux concernant des petits nombres.

 

D’autre part, si toutes les îles où des habitants ont été recensés ont été prises en compte, il a bien fallu faire un choix parmi les patronymes et ne pas retenir de vieux noms briérons parce que ne représentant pas une population assez nombreuse. C’est le cas des LE BARBIER, COUGNIL, BOSSINOT, GILLET, ESLAN.

Le tableau donnant l’estimation de la population pour chaque île ne fait pas apparaître de chiffres choquants.

L’île du Clos, avec ses villages auxquels on a joint les métairies environnantes, même celles de Frénic et de Caloyau, est dominée par la présence de son bourg, centre administratif et commercial.

L’importance démographique de Guersac n’étonne pas celui qui a passé des mois à dépouiller les registres. Elle est vraiment le point de rencontre d’hommes aux mentalités par ailleurs si diverses.

 

Calculer la densité de la population pour l’ensemble de la paroisse ne serait guère intéressant: la proportion de marais inhospitaliers est trop importante.

Par contre, si nous essayons d’établir un rapport population / terres habitables par îles, nous pouvons arriver à des constatations intéressantes. La difficulté est de reconstituer ce que pouvaient être exactement à l’époque des îles comme celles du sud (Gron, Méan).

Il est cependant évident que l’île du Clos, avec ses annexes et ses métairies, son caractère rural, ses champs et son élevage et malgré son bourg, a la densité de population la plus faible, autour de 150 au kilomètre carré.

Guersac, très briéronne dans le sud mais agricole dans le nord, arrive à une moyenne de 300 au kilomètre carré.

Les îles de l’intérieur (St-Joachim) sont aux environs de 450, sauf Aignac dont la partie Ménac est très peu peuplée. Il en est sensiblement de même pour les îles maritimes type Méan. Le record semble battu par Gron, l’île aux marins, mais la détermination de sa superficie est actuellement très difficile.

Il est certain que la densité de la population d’une île briéronne est inversement proportionnelle à l’importance de son agriculture. Ce terme d’agriculture excluant le travail parcellaire des gagneries pour ne s’appliquer qu’à des exploitations plus vastes (fermes, métairies) qui, en la circonstance, sont surtout consacrées à l’élevage.

 

 

Le tableau de répartition îles/patronymes est aussi très instructif. La période 1667-1682 est celle où tout change en France: création des arsenaux, construction d’une forte marine de guerre, création de l’Inscription Maritime, Ordonnances sur le Commerce et la Marine, réveil des armateurs et commerçants nantais qui se lancent enfin à la conquête des marchés lointains, surtout des îles d’Amérique. L’estuaire de la Loire est particulièrement concerné. Le brassage de population est de plus en plus fort.

Cependant nous ne sommes qu’au début de cette explosion et la population reflète encore bien ce qu’elle a été au cours de ce siècle.

L’île du Clos et celles du sud, sous l’influence de la Loire et donc de l’extérieur, n’ont que la moitié de leurs habitants qui portent les vieux patronymes traditionnels.

 A Guersac, centre de la paroisse, on en est encore à 70 %. Dans les îles de l’intérieur, on arrive à 90-95 %.

 

Quels sont donc les vieux noms de Montoir ?

D’abord le groupe de tête des MOYON, AOUSTIN, VINCE, HALGAN, OLLIVAUD, MAHE, PHILIPPE, FOURE qui sont surtout répandus dans les îles centrales. Ensuite les DENIAUD, JOUAUD, MACE, DUPIN, THOMAS, PEZERON, ROTHOUX, BROBAND, ANDRE, BECCARD, BERNIER, CHARON, DULOC, etc...  que l’on trouve plutôt dans les autres îles. Il n’y a des COURONNE pratiquement qu’à Penhoët. Quant aux LEGOFF, Kerfeuil est leur domaine.

Il  est intéressant de constater que certaines îles et certains noms semblent très liés l’un à l’autre et que cet état de fait s’est perpétué, au moins pour certains, jusqu’à une époque très récente.

En tirer comme conclusion que chaque île était à l’origine le domaine d’un clan, c’est peut-être aller un peu loin, surtout avec la connotation péjorative que ce terme a de nos jours. Et pourtant, en ces années 1670-1680, les OLLIVAUD représentent la moitié des habitants de Mazin, les HALGAN, le tiers de Errand, les MOYON, 28 % de Fédrun, les MAHE, 24 % de Grande-Ile. Les AOUSTIN, VINCE, PHILIPPE, sont un peu plus répartis. Le nid des FOURE semble être à Gron et Loncé, celui des DENIAUD à Aine, des JOUAUD à Bert, des MACE à Aucard et Trembly, des BECCARD à Méan.

 

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ESSAI SUR L’ORIGINE DES NOMS BRIÉRONS

 

Les XII° et XIII° siècles ont été une grande période de l’histoire de France. Reconstruction du pays après les invasions normandes, expéditions à l’extérieur comme les croisades n’avaient été possibles que grâce à un  fort accroissement démographique qui n’aurait pu lui-même avoir lieu sans la mise en culture de nouvelles terres capables de nourrir de plus en plus de bouches.

 

Nous nous trouvons ainsi à la fin du XIII° siècle avec une population nationale avoisinant les 20 millions d’âmes.

L’habitude était de donner à chaque enfant, lors de son baptême, un nom qui serait le sien propre pour le restant de sa vie. On choisissait généralement celui d’un saint destiné à lui être protecteur.

Quand plusieurs personnes avaient le même nom, on les distinguait le plus souvent en rappelant leurs ascendants. Par exemple le Jan au Pierre, la Perrine à la Janne, la Marie au Jacques. C’est d’ailleurs une façon de s’exprimer qui a perdurée et que les anciens d’entre nous ont bien connue dans leur jeunesse.

Un autre mode d’identification était le rappel du lieu d’origine ou du métier, ces désignations pouvant se cumuler. Quand on parlait « du André » au « François le « meusnier » du Pin », il n’y avait aucun doute sur la personne.

L’accroissement de la population rendit ces compléments aux noms propres de plus en plus nécessaires. Puis, peu à peu, l’habitude se prit, par besoin de clarification, de conserver un nom qui se transmettrait de père à enfants. Ce nom du père (nous l’appelons aujourd’hui patronyme) entra lentement dans les mœurs au cours des XIV° et XV° siècles. Le nom ancien, que nous appelons de nos jours prénom, la profession, le lieu d’origine, un sobriquet, furent le plus souvent choisis pour remplir ce rôle.

Puisqu’actuellement c’est le XVII° siècle qui nous intéresse, regardons les patronymes que l’on trouve alors à Montoir et essayons d’en voir l’origine. Cela nous permettra peut-être de mieux connaître nos ancêtres.

 

Une remarque préliminaire s’impose: nous sommes alors, et pour longtemps encore, dans une société d’expression orale. Ce qui importe d’abord, c’est de retrouver la prononciation verbale à travers les variations de l’expression écrite. Tentons l’aventure parmi nos paroissiens dispersés sur leurs îles.

 

 

PATRONYMES DONT L'ORIGINE EST UN ANCIEN NOM PROPRE

 

AOUSTIN : C’est l’un des deux noms les plus répandus. Il vient directement d’AUGUSTIN. On le trouve d’abord avec la forme AOUGSTIN, puis AOUSTIN, AOUTIN, OUSTIN, OUTIN. Ce qui est curieux c’est que cette évolution s’est faite rapidement et sans ordre raisonnable ; si bien que l’on trouve dans les premiers registres que nous avons, donc à la même époque, les différentes orthographes. Si la forme AOUGSTIN disparut rapidement, on trouve des OUTIN jusqu’au XIX° siècle. Ce nom ne s’est donc stabilisé que récemment.

AU XVII°, les AOUSTIN sont des gens de l’intérieur de la Brière, essentiellement d’Aignac, Fédrun, Grande-Isle. On en trouve d’éparpillés sur quelques autres îles. Ils sont nombreux à Guersac et au Clos.

 

OLLIVAUD : vient probablement d’OLLIVIER, mais sans certitude. Ce nom a très peu évolué. Ce n’est que tardivement qu’il a perdu un L. A part quelques OLLIVEAU accidentels, on peut dire qu’il a toujours conservé la même forme. Comme nous l’avons vu, c’est le nom dominant de Mazin, mais on le trouve aussi dans les autres îles de l’intérieur, du sud, et au bourg. Il y a aussi quelques OLLIVIER.

 

HALGAND : on l’a d’abord sous les formes HALLOGAN ou HELLOGAN qui passent rapidement, puis HALGAN. C’est ainsi qu’il s’écrira pendant très longtemps. Le D final ne sera ajouté que beaucoup plus tard.

Ce nom était assez courant au Moyen-âge. Dans un texte cité par Ogée, en 1050, lorsque le prieuré de Frossay fut donné à l’abbaye St- Sauveur de Redon, le donateur raconte qu’il a entrepris le voyage de Redon «accompagné d’Orédienne notre femme et compagne et de nos deux enfants Rivalon et Hellogon». Hélogon s’appelait aussi le moine placé à la tête des huit religieux fondateurs de St-Gildas. (Jarnoux, le diocèse de Nantes, page 91)

Le nid des HALGAN est à Errand où ils représentent le tiers des habitants. On les trouve aussi dans les autres îles intérieures, à Guersac et au bourg.

 

PHILIPPE : nom bien briéron, répandu de Fédrun à Gris. Il a la caractéristique de prendre souvent un S final. On parle fréquemment des PHILIPPES.

 

THOMAS : on le trouve surtout de Guersac à Méan et Trignac.

 

VINCE : on peut penser que l’origine en est VINCENT. Très répandu dans toute la paroisse, principalement dans les îles du Clos, Guersac, Trignac et la Brière intérieure.

 

Parmi les autres noms traditionnels mais moins répandus parce que portés dans la partie où le brassage de population est plus important, citons:

ANDRE : surtout à Guersac,

FRANCOIS à Gron. Famille de marins. (Le Jean François de Nantes).

MACE (MASSE) : le Matthieu breton. A Méan, Gron, Aucard, mais aussi très courant dans les paroisses voisines.

D’HERVE, HERVE, DHERVAUD - EON ou YON (de Eudes).

NICOLAS à Guersac, le Clos.

MARTIN, ROBERT, DAVY ou DAVID, GEOFFROY ou JEFFRAY.

 

Beaucoup plus rares, et probablement d’origine extérieure à la paroisse :AUBIN, BERNARD, BAZILLE, BRUNEAU, ALIN, HEMERY ou EMERY, JEHAN et JEHANNEAU, LAURAND, LUCAS, MICHEL ou MICHIEL, MORICE, RICHARD, SANSON, SIMON, JUDIC ou JUDITH, THIBAUD ou THIBARD.

 

Les DENIAUD, si répandus dans la région d’Aine et de Bert, ainsi que les DENIER, viennent probablement de Denis, GILLET de Gilles, PASQUEAU et PASQUETTE de Pasque, Pascal.

 

 

 

PATRONYMES AYANT POUR ORIGINE UN METIER OU UNE FONCTION:

 

CHARON, BOUCHER, CHARPENTIER, LE PEINTEUR, LE METAYER ou METAYER ou METAY.

LE BARBIER ou BARBIER quoique l'on puisse se demander si l’origine en est bien le métier de barbier ou le fait d’être barbu.

FOURNIER, peut être celui qui s’occupait du four.

LECLERC, LEPRESTRE, LEVESQUE.

LEMONIER ou L’AUMONIER ou MONNIER ne peut guère venir de meunier qui se prononçait et s’écrivait alors « musnier » ou « meusnier ».

LEFEBVRE (forgeron).

 

Il est possible que MOYON, nom caractéristique du pays briéron, puisse trouver sa place ici. Ce n’est qu’une hypothèse, car dès le XVI° siècle, ce nom était bien stabilisé dans sa forme actuelle et nous n’avons pas de documents pour étudier son évolution passée.

Dans les années 1730, il y avait à Montoir un ménage Jean LEMOINE  x Marie NICOLAS, dont le mari était originaire de Pluheslin dans l’évêché de Vannes. Ce sont les premiers porteurs de ce nom que l’on trouve sur la paroisse.

Un de leurs enfants fut baptisé le 05.09.1733 et le rédacteur de l’acte a écrit: Jan, fils de Jan LEMOYONNE et Marie NICOLLAU.

Sachant qu’en dehors des noms bien connus, l’orthographe essaye de traduire la prononciation, on peut penser que celle de LEMOINE ressemblait à celle de LEMOYONNE. On trouve d’ailleurs dans certains textes le mot «moine» écrit «mouêne» ou «moyne», le y et le i se confondant facilement.

L’origine de MOYON serait-elle donc MOINE (MOYNE) ?

 

Essayons de comprendre comment cela aurait pu se produire.

Constatons d’abord que les deux patronymes dominants sont MOYON et AOUSTIN.

Aux  XIV° et XV° siècles, il y avait à Aine un prieuré dédié à Notre-Dame et appartenant aux «moines Augustins».

Contrairement à celui de Frénic, situé sur un chemin traversant le marais et donc destiné à héberger les voyageurs, celui d’Aine était isolé, en bordure de la Grande Brière. On ignore totalement pourquoi un prieuré avait été établi à cet endroit. Sans doute à la suite du don d’une terre. Sûrement pas riche (quelle richesse aurait-on pu en tirer ?) il était tout de même assez important, puisque siège d’une juridiction avec droit de haute, moyenne et basse justice.

Ce prieuré, siège d’une juridiction, isolé dans les marais, inaccessible une partie de l’année autrement qu’en barque, à l’écart de toute voie de communication, devait être un refuge idéal pour les errants, les fugitifs, repoussés de leurs lieux d’accueil habituels.

Pèlerins au bout de leur rouleau, incapables de continuer leur route, familles chassées de leurs terres par la famine ou la guerre et errant sans but, veuves et orphelins cherchant un point d’ancrage, malades et lépreux éloignés des lieux habités par la peur de la contagion, fugitifs évadés ou recherchés par la justice ( à l’époque on pouvait être condamné durement pour une peccadille), n’étaient-ils pas accueillis, quand ils pouvaient l’atteindre, dans cet asile coupé du monde ?

On imagine très bien les moines embarquant leurs protégés sur leurs chalands et les transportant jusqu’à ces îles perdues d’outre Brivet, en plein centre du grand marais, où personne n’irait les inquiéter,

Et ces pauvres gens, reconstruisant une vie adaptée à leur nouveau territoire, adoptaient ou recevaient un patronyme en référence à leurs protecteurs: ils étaient les MOYNE ou les AUGUSTIN.

Ceci n’est qu'une hypothèse que jamais peut-être l'on ne pourra vérifier. Mais ces deux faits certains: la présence des moines Augustins dans le marais à l’époque où les patronymes se forment et la prédominance des deux patronymes MOYON et AOUSTIN dans les îles briéronnes, ne sont vraisemblablement pas sans lien entre eux.

 

PATRONYMES DUS AU LIEU D’ORIGINE

 

Trémodeuc a donné DE TREMODEUC, puis TREMAUDEUX

Aine a donné ALESNE, LESNE, LAISNE,

Bert a donné DEBERT,

Le Pin a donné DUPIN,

DULOC est plus tard devenu DULOT. Loc est un vieux terme courant semble-t-il dans les îles. Il y avait à Guersac une tenue du Loc et plus tard on parlera couramment du Lot de Pendille. L’origine est à rechercher du côté du LAC d’origine latine ou du LOCH gaélique. C’est une importante étendue d’eau.

BOISROBERT est probablement lié à Boisjobert. Il y a parfois confusion entre les deux orthographes.

Autres noms n’ayant rien à voir avec la paroisse: DAVIGNON, DESBOYS, DUVAL, L’ARAGON, PONTCHATEAU.

 

 

Deux vieux noms briérons sont remarquables:

BECCARD, c’est le nom donné en Brière au brochet, mais il désigne aussi un autre animal à bec, le canard. Ce nom était surtout courant à Méan. Il est pratiquement disparu aujourd’hui.

COUGNIL ou COUNIL ou CONIL, c’est le vieux nom du lapin. On le trouvait surtout dans le tiers des prés

 

D’autres noms, moins caractéristiques, peuvent être considérés comme issus de surnoms: BLANCHARD, BODET, CHEVALIER, CORNU, LEROY ou LERAY, PIEDARGENT, LOISEAU, VAILLANT.

 

Restent tous les patronymes dont l’origine nous échappe, citons tout de même les principaux et les plus caractéristiques. D’abord deux noms typiques encore de nos jours:

MAHE que l’on retrouve dans d’autres régions bretonnes, mais qui chez nous est bien localisé au centre du marais, particulièrement à Grande Isle. Son origine ? On a parfois évoqué Macé, le Matthieu breton, mais au XVII° siècle, il y avait sur la paroisse autant de MACE que de MAHE et cependant il n’y a jamais aucune confusion entre eux.

FOURE pour lequel nous n’avons aucune explication.

 

 

Puis sélectionnons:

ADVENARD, BERNIER, BOSSINOT, BAGOURD, BOÜARD, BOUCAND, BOULET, BREDET, BRENY, BROBAND, CHAUVEAU, CLEROUX,DUPPE, GLEMEAU, GUISHARD, GUYMARD, HARAUD, HARLAQUIN, JAMET, GUYHARD, JARNIGAN, JUME, LANDAIS ou LANDAUL, LABOUR, LYRON, MORAUD, MORET, MAUGOURD, OPIAIS, PAULMIER, POULLIER, PEZERON, RICORDEL, RABAS, TACONNET, TOURNABIEN, TASSE, TUAL, VIAUD, VAUJOYEUX.

 

La fin du XVII° siècle a été à Montoir, contrairement à la tendance générale, une période d’expansion démographique. Relevons quelques noms qui font alors leur apparition et deviendront par la suite de véritables patronymes montoirins :

ALLARD, AMIOT, BERCEGER, BIRGAN, BOUSSARD, BROUSSARD, BIVAUD, COUSSEAU, COQUARD, CHARPENTIER, DELOUMEAU, DENIZEAU, DAUZON, EVAIN, FAUVY, GOURET, GRIMAUD, GARANTON, LEPEINTEUR, LETRAIN, LOIZEAU, LUCAS, LEPINE, LECAR, MOTTAIS, MORAND, MIRET, PONTCHATEAU.

Au sujet de l'origine des noms, il paraît important de noter, ce que l'on oublie trop facilement, que les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.

Des noms sont typiquement briérons parce qu'ils ont trouvé chez nous un isolat propice à leur développement. Il ne faut pas en déduire, lorsque l'on trouve un de ces noms dans une région éloignée, que l'origine des personnes concernées est forcément briéronne.

Des Augustin, Ollive, Hallogan, Philippe, Thomas, Vincent ou des Moyne ont très bien pu, ailleurs, évoluer de la même façon que chez nous.

Ainsi «l'Armorial de Bretagne» fait état d'un Aoustin, sieur du Coudray (paroisse de Noyal-sur-Seiche), dans les années 1427-1440 et signale qu'il est originaire d'Angleterre.

On ne peut pas ne pas penser à ce sujet qu'à la fin du VIème siècle ce pays fut évangélisé par un saint Augustin qui y fonda le siège épiscopal de Canterbery et dont le nom y fut couramment porté par la suite.

Les Austin y sont encore nombreux de nos jours.

 

VARIATIONS D’ORTHOGRAPHE DES PATRONYMES

 

Le caractère phonétique des patronymes et l’utilisation courante qui en est faite amènent à des variations parfois considérables de leur orthographe. Il est indispensable d’en tenir compte dans les travaux de recherches généalogiques en particulier.

 

Voici un certain nombre de correspondances trouvées dans les registres de Montoir:

 

ADDES               Ade

ALARD      Alaire

ALBERT               Halbert

ANGEBAUD          Anjubaud, Gebaud

AUPETIT              Opetit, Lepetit, Petit

ADVENARD          Avenard

ALAISNE             Alesne

AMELOT              Hamelot

AOUSTIN             Aougstin, Aoutin, Outin

AUBIN                Obin

ALAIN                 Halin

AGONNEAU          Hagonneau

ARAGON             Laragon, L’Aragon

AUPIAIS              Aupies, Opiais, Opiays, Opies, Opiet

AURAIN              Orain, Orin, Oren

BARREAU            Barraud, Barhaud

BERNIER             Besnier

BERTHO              Bertau, Berteau, Berthaud

BIHAN                Le Bihan

BONNIER            Bennier

BOSSINOT           Boceno

BOÜARD             Bouillard

BAUGER              Baugé, Bouger, Bougé

BOUCAND           Boucan, Boucaud

BREDET              Berdet, Brodet

BRENY                Berny, Brenic

BARBIER             Le Barbier

BAUDRY              Baudric

BELLIOTTE           Belliot

BESSIGNEUL        Beseigneul

BLAIN                 Belin, Blin

BELHOMME          Bonhomme, Berthomme

BOULET              Boulais, Boulay

BROUSSARD        Brossard

BROSSAY            Brosse, Brousse

BOEXIER             Boissier, Boursier

BLOYET               Belois, Beloitte

BOUVIER             Gouvier

BRAG                 Kerbrat, K’bratz, Querbrat, Kerbrac

CORDET              Cordel, Ricordel

CRAHE                Craheix

CHAUVE              Chauvet, Chauf

CHAILLON           Chaillou

CHARON             Chéron, Chiron, Charron, Carhon

COUGNIL             Cognil, Conil, Counil

CRIAUD              Cruaud

CANCOIS            Canquois, Cancouët, Quanquois

CARIC                Carie

CHERUEL             Cheruais, Chervet

DAGUET              Daget, D’Aguest

DELEPINE            Lépine

DEMY                 Demis

DUVAL                Duvaland

DIQUERO            Quiquero, Guiguero, Querro

DROUET              Druay

DAVY                 David

D’AVIGNON         Davignon, Avignon

DEBERT              Deber, De Bert

DENIER               Deniay

DESBOIS             Débois, Desboys

DHERVE              Dervé, D’Hervé

DERVAUD            Dhervaud

DULOC                Dulot, Dulo

DENIGOT            Guénégot

DELAHAYE           Lahaye

DELOMMEAU        Deloumeau, L’Hommeau, Loumeau

ESLAN                Elan

EON                   Héon, Yon

EVAIN                Even, Evein, Evin

EGASE                Gaze, Gasse, Gosse

FREARD              Friard, Fréours, Frioux

FORGET              Forgerays, Frogé, Forgeret, Forgeon

GEBAUD              Angebaud, Anjubaud

GOUVIER             Bouvier

GUIQUERO           Diquéro, Quiquerro, Querro

GAZE                 Egase, Gasse, Gosse

GOUGEON           Gouyon

GIRAUD              Girou

GUILLAUME          Glaume, Glomet

GUENEGO            Denigot

GARANTON          Quaranton

GAUVAIN            Gauvin, Gauvaign

GEOFFRAY           Geoffroy, Jeffray

GUIHENEUF         Guihéneuc, Guisneuc, Guisneuf, Guisnau

GUYET                Guillet, Guiet

GUILBAUD           Guilbot, Guillebot

GUILLOT             Guio, Guyot, Guillaud

GUICHARD           Guishard, Guyshard

GUILLARD           Guyhard, Guihard

GERBAUD            Gébaud, Gibaud

GETAIN               Gestin

GUERIF               Guéry, Guérin

GUIGAND            Guignard, Guygand

GONIDEC            Le Gonidec

GILLIOT              Juliot

GAIGU                Jagu

GUESSEAU          Quesseau, Xeau, Xiau, Xo, Xau, Le Xou

GLOTIN               Glotain, Guillotin

HALBERT             Albert

HAMELOT            Amelot

HALIN                 Alain

HEON                 Eon, Yon

HALGAND            Halgan, Hallegan, Hellogan

HARAUD              Harault

HOUGAS             Hougard

HALLIE                Hallier, Hallien, Allien, Allienne

JOUAUD              Jouault

JULLIOT              Julio, Gilliot

JAGU                  Gaigu

JOYEUX               Vaujoyeux

JEFFRAY             Jeffroy, Geoffroy, Geofray

JOELLAND           Joland, Joaland, Joualland

JAUNY                Jonic, Yonic

JUDIC                 Judith

KERBRAT            Kerbrac, K’bratz, Querbrat, Brag

LAVALLE             Vallé

LEPETIT              Petit, Aupetit, Opetit

LE BIHAN            Bihan

LE BARBIER         Barbier

LESPINE              Delépine

LE GONIDEC        Gonidec

LE TEXIER           Le Tessier, Tessier, Texier

LANDEAU            Landais, Landaul

L’ARAGON           Laragon, Aragon

LAURAND            Lorand, Laurent, Laurens, Loran

LE METAYER        Métayer, Le Métay, Métay, Métée

LEROUX              Roux

LEMONIER           L’Aumonier, Monnier, Meunier

LHOMEAU            Loumeau, Delomeau, Deloumeau

LYRON                Liron, Luron

LERAY                Leroy

LEFEBVRE           Lefeuvre

LEBEE                 Lebert, Lebet, Lebée, Lebay

LEMAY                Lemaz, Lemer, Lemée, Lemoy, Lemez, Lemaître

LEMOLF              Lemaur, Lemauf

LAHAYE               Delahaye

LE MARDELEY      Mardeley

LE PELTIER          Peltier

LE PERROYS        Perrin, Perret, Perrest

METAYER            Le Métayer, Le Métay, Métée, Métay

MONNIER            L’Aumonier, Le Monier

MACE                 Massé

MICHEL               Michée

MOYSAN             Moison, Mouissan

MOINARD            Moesnard, Moysnard

MORET               Morel

MOREAU             Moraud, Mourand

MAYET                Mahiet, Mahyet

MALNOE              Malnos

MARY                 Marie, Maris

MARTIN              Martinet

NICOU                Nicoul

OPIAIS               Opiays, Opies, Opiet, Aupiais, Aupies

ORAIN                Orin, Oren, Aurain

OPETIT               Aupetit, Le Petit, Petit

OBIN                  Aubin

OUTIN                Aoustin, Aougstin, Aoutin, Oustin

PETIT                 Lepetit, Opetit, Aupetit

PAULMIER           Paumier

PASQUEAU          Pasquau, Pasquiau

PERRIN               Perrest, Perret, Perraye, Perroy, Le Perroy, Perrain

PELAUD              Plaud, Plot, Praud

PERRAUD            Perrault, Poisrond, Poerond

PELTIER              Le Peltier

QUERBRAT          Kerbrat, Kerbrac, Brag, K’bratz

QUIQUERO           Diquero, Guiquero, Querro

QUANQUOIS        Canquois, Cancois, Cancouët

QUARANTON        Garanton, Garenton

QUESSEAU          Guesseau, Xeau, Xau, Xiau, Xo, Le Xou

RICORDEL           Cordel, Cordet, Ricordet

ROUX                 Leroux

RIAUD                Rio

ROTHOUX            Rothou, Rotoux

ROUSSEAU          Rouxeau, Rouxiau

RIALO                 Riellot

RIALLAND           Rielland

SANSON             Samson

TEXIER               Tessier, Le Texier, Le Tessier

TREMAUDEUC       de Trémaudeuc

THIBARD             Tibard, Thibaud, Thabard, Thébaud

TEFAUT               Théfaut

TUAUD                Thuaud

TUAL                  Thual

VALLE                 Lavallée

VAUJOYEUX         Joyeux

XEAU                  Xau, Xo, Xiau, Guesseau, Quesseau, Le Xou

YONIC                Jonic, Jauny

 

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ÉVOLUTION DÉMOGRAPHIQUE

 

Les courbes figurant l’évolution des naissances, décès et mariages d’après les registres paroissiaux de Montoir permettent de se faire une idée de l’évolution démographique de la paroisse (voir plus bas)

Encore faut-il les replacer dans le contexte général pour comprendre ce qui se passait chez nous à cette époque.

 

 

NATALITÉ

 

La courbe des naissances dont nous disposons comprend deux périodes: les années 1626 - 1636 et 1668 - 1699.

Mais il faudrait aussi parler des années précédant 1626 et de celles allant de 1636 à 1668 pour lesquelles nous n’avons pas de documents paroissiaux.

Un examen rapide de la courbe fait apparaître qu’à une natalité moyenne de 150 par an dans les années 30, succède une période de dépression où une moyenne de 130 dans les années 70-75 descendra à 115 en 90-95.

 

Or cette évolution correspond assez bien à celle que les historiens ont constatée au plan national.

Les années 1626 à 1636 sont situées dans cette période entre les guerres de religion et les troubles de la Fronde, où la population décimée se reconstitue. Nous avons donc une forte natalité.

Entre 1636 et 1668, les ravages causés par les luttes de la Fronde et les famines dues à des récoltes perdues par des étés pourris, ont décimé la population. La période que nous pourrons suivre à partir de 1668 n’est pas aussi catastrophique, c’est plutôt un temps de stagnation avec une tendance à la baisse.

 

Mais il y a tout de même une grosse différence. C’est que sur le plan national ce dépérissement passe par un point bas avec la grande famine de 1693-1694 et se prolonge jusqu’à la fin du règne de Louis XIV. Chez nous cette famine est peu sensible et les dernières années du siècle voient au contraire une remontée de la natalité.

Ceci s’explique d’ailleurs très bien. L’estuaire est particulièrement concerné par le développement du trafic maritime et du commerce qui en découle. Beaucoup de Montoirins, surtout ceux des îles bordant la Loire, sont enrôlés dans la marine marchande ou militaire. Ce n’est évidemment pas un facteur d’accroissement de la natalité. Mais les années 90 voient le passage et parfois l’installation de marins étrangers à la paroisse et surtout l’arrivée de gens chassés par la misère des campagnes environnantes, en quête de meilleures conditions d’existence qu’ils trouvent chez nous où ils se fixent.

Il faut rappeler aussi que notre paroisse, peu céréalière, était beaucoup moins sensible aux famines que les régions strictement agricoles.

La moyenne des naissances relevées par ménage est de 4. En réalité, compte tenu de l’absence de registres dans les périodes précédente, suivante et quelques autres années, ce chiffre était sûrement plus important et devait se situer entre 5 et 6.

 

Le couple le plus fécond est celui de Gilles MOYON et Péronnelle CHAUVEAU, avec 11 naissances non  gémellaires enregistrées et peut-être d’autres qui ne le sont pas. Ces naissances sont réparties de 1669 à 1687. La femme du sieur des Isles, notaire, procureur, puis gouverneur de la vicomté devait avoir une alimentation suffisante pour mener à bien ses maternités et sans doute l’assistance de nourrices pour l’allaitement de ses enfants.

 

 

NUPTIALITÉ

 

L’enregistrement des mariages n’ayant débuté que le neuf Octobre  1668, nous ne pouvons donc avoir une courbe de la nuptialité que pour le dernier tiers du siècle. Elle est assez régulière et fait apparaître une moyenne annuelle de 35 mariages.

Cette obligation de notation sur les registres paroissiaux ne changea rien aux habitudes antérieures. Pendant longtemps on se contenta d’indiquer la date et les noms des deux conjoints, sans même leur filiation. Ce n’est qu’en 1693, sous le rectorat de Guillaume PONGERARD, qu’on prit l’habitude de rédiger les actes avec des renseignements plus complets.

 

Certaines règles régissaient la célébration des mariages, mais, parfois mal définies, elles étaient ou n’étaient pas appliquées.

Les mineurs devaient avoir l’autorisation de leur père pour se marier. Jusqu’à la Révolution, la majorité était fixée à 25 ans. Ceux qui n’avaient pas cet âge et étaient orphelins de père (la mère ne comptait pas) devaient obtenir un décret de justice délivré par le sénéchal de la juridiction, les autorisant à convoler.

L’Eglise de son côté imposait l’obtention de dispenses pour les cas de consanguinité entre conjoints. Cette règle était très contraignante puisqu’elle s’imposait jusqu’au  quatrième degré. Autant dire que la plupart des mariages auraient dû y être soumis.

 

Qui accordait ces dispenses ?

L’Official de Nantes ou la Cour de Rome ? Dans quelles conditions ?

Il est difficile de répondre. On en trouve accordées par Rome, même pour des «quatrième degré». De toute façon, la demande n’était pas gratuite. Certains cas mentionnés en sont dispensés, par exemple «à cause de l’urgence», comprenons l’état de grossesse de l’épouse ; ou bien encore «pour leur degré de pauvreté», autrement dit : ils n’ont pas de quoi payer.

Il est bien possible que nombreux étaient les cas où on ne s’inquiétait pas tellement de connaître le degré de parenté et on finit par indiquer systématiquement à la fin des actes que le mariage «a été célébré ayant observé les formalités de la Sainte Eglise, les arrêts et règlements de la Cour».

On ne célébrait pas de mariages pendant l’Avent. C’était une règle stricte. Il n’y en avait pratiquement jamais au mois de Décembre. Cela valait aussi pour le Carême.

Par contre, on se mariait beaucoup en Octobre. Souvent, les célébrations étaient regroupées, il était courant d’avoir cinq ou six mariages le même jour.

Les registres nous font connaître 897 mariages célébrés à cette époque. Sur ce nombre, 137 comportent au moins  un conjoint étranger à la paroisse. Cela fait 18 %, un rapport tout à fait normal alors. Il faut cependant noter que ce pourcentage n’est que de 10 dans les années 1670 et passe à 25 dans les dernières années du siècle. Autre remarque, la population des îles de l’intérieur est très peu concernée par les apports extérieurs.

 

Quelle est l’origine de ces hors-venus ? La plupart viennent des paroisses voisines:

 

Donges     27             St Nazaire                14                 Besné 7

Crossac     19             Pontchâteau             14      

 

24 sont extérieurs au diocèse de Nantes. Les autres viennent de points plus ou moins éloignés du comté.

Sur ces 137 étrangers, il n’y a que 9 filles. Ce sont donc essentiellement les garçons qui viennent prendre femme à Montoir.

Deux seulement de ces unions concernent des conjoints également originaires d’une autre paroisse.

 

Donnons tout de même l’origine des autres mariés :

 

 

Localité

Localité

 

 

 

Diocèse de Nantes

 

 

Savenay

3

 

Couëron

1

 

Nantes

3

Guérande

2

 

Missillac

4

St Dolay

4

 

 

St Etienne-de-Montluc

2

 

Le Bignon

2

 

 

Ste Opportune

1

Herbignac

1

 

Corsept

1

 

Ste Pazanne

1

 

 

Escoublac

1

 

Drefféac

2

 

Montbert

1

 

Guémené

1

 

 

St André

2

Cordemais

1

 

Campbon

1

 

 

St Gildas

2

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Vannes

 

 

 

Rieux

5

 

Ste Croix

1

 

 

St Just

1

 

Peillac-sur-Oust

1

 

 

St Vincent-sur-Oust

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Luçon

 

 

 

 

 

 

St Etienne-des-Bois

1

 

Les Sables

1

 

St Philbert de Noirmoutier

1

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse d’Angers

 

 

 

 

 

 

Champtoceaux

1

 

Drain

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Saint-Brieuc

 

 

 

 

 

 

St Loick

1

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Tréguier

 

 

 

 

 

 

Platin

1

 

 

 

 

 

Pennon

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Léon

 

 

 

 

 

 

St Thégonez

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Rennes

 

 

 

 

 

 

Renac

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèse de Dol

 

 

 

 

 

 

Bonnemain

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Diocèses divers

 

 

 

 

 

 

Avignon

1

 

 

 

Toulon

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est intéressant de noter aussi que sur ces 137 mariages, il y en a 63 seulement qui ne sont pas suivis de naissances sur la paroisse. Si l’on tient compte de ce que toutes les unions ne sont pas fécondes et aussi du fait que les registres n’existant pas pendant une longue période à partir de l’année 1700, nombre de ménages ont alors pu avoir des enfants que nous ignorons, il faut bien admettre que la plupart des hommes venus prendre femme à Montoir s’y sont fixés.

Signalons aussi que parmi ces mariages, il y en a qui sont en fait des remariages de l’un ou l’autre conjoint. En particulier, dans les cinq où l’époux est de Rieux, trois sont le fait du même homme, un certain Jean BOUCHER qui a convolé trois fois à Montoir.

Ce n’est qu’à partir de 1692 que les renseignements concernant les mariés sont relativement complets et réguliers. L’étude des 9 dernières années du siècle montre que sur 273 mariages enregistrés, soit 546 conjoints, il y 94 veufs ou veuves, soit 17  %.

Si les veufs sont d’abord plus nombreux, la balance s’inverse au fur et à mesure que les hommes se font marins et partent pour des courses lointaines, dont souvent ils ne reviennent pas.

 

Si l’on veut traiter d’endogamie, il faut bien constater que, pour l’ensemble de la paroisse, elle est tout à fait comparable à celle des campagnes françaises à cette époque. Dans « l’Histoire de la France Rurale», Monsieur Leroy-Ladurie situe l’endogamie paroissiale entre 80 et 85 %. A Montoir, nous sommes à 82 %, mais c’est une grande paroisse. Un certain nombre d’îles avec 200 ou 300 habitants et même plus équivalent à bien des petites paroisses rurales. Si dans les îles proches de l’estuaire le phénomène est bien moindre, par contre dans celles de l’intérieur, il est plus fort. Encore que, si l'on tient compte de l’endogamie inter-îles, l’endogamie ilienne pure doit rester dans les 85 %.

Ce phénomène est donc normal au XVII° siècle. C’est par la suite qu’il s’est maintenu en Brière alors qu’il s’amenuisait en général dans l’ensemble de la France.

 

Comme un peu partout, une autre endogamie existe. Elle n’a plus un caractère géographique, mais sociologique et est surtout courante chez les notables. On se marie entre soi, dans son milieu. Quelques familles sont particulièrement influentes; les PINCET, LEBARBIER, HALGAN (Sieur de l’Isle), BELLIOTTE (de la ville Allain), CHAUVEAU (des Champs Rochoux), TASSE, VIVIEN, MOYON (Sieur des Isles), VINCE Allain.

 

 

On se marie beaucoup dans ce petit cercle. Ainsi :

 

François LEBARBIER        x        Péronnelle PINCET

Gabriel LEBARBIER x       x        Perrine CHAUVEAU

Pierre LEBARBIER           x        Perrine HALGAN

Estienne HALGAN           x        Perrine CHAUVEAU

Jan CHAUVEAU               x        Marguerite BELLIOTTE

Pierre BELLIOTTE           x        Hélène PINCET

Maurice TASSE              x        Marie CHAUVEAU

Allain VIVIEN                 x        Janne CHAUVEAU

Gilles MOYON                x        Péronnelle CHAUVEAU

Allain VINCE                  x        Julienne TASSE

 

Tableau des baptêmes, inhumations et mariages à Montoir au XVIIème siècle (voir le tableau)

 

 

MORTALITÉ

 

Le premier décès enregistré à Montoir l’a été le 9 Octobre 1668. Il s’agit d’un Pierre MOYON, époux d'Orphraise AOUSTIN. Ce n’est donc qu’à partir de cette date qu’il est possible d’inclure la mortalité dans l’étude démographique de la paroisse.

Première constatation: si la courbe des décès est beaucoup plus en dents de scie que celle des naissances, comme cela est normal à une époque particulièrement sensible aux épidémies, la moyenne annuelle jusqu’à la fin du siècle est de 125, sensiblement la même que celle des naissances. Il en résulte donc une assez grande stabilité de la population.

Comme pour les mariages, les renseignements notés sont fort incomplets, même s’ils s’améliorent au fil des ans. Parfois le nom lui-même manque. Relevons quelques exemples:

Un enfant

Un enfant à la teinturière de l’Etang

L’époux de Marie JAMET

La Jacquette de l’île du Clos

La belle mère à Luc LECAN

Un pauvre de Méan

La veuve du Michel

Un enfant au gendre d’Antoine ESLAN

Un enfant à la Pasquaude

Un enfant de trois mois

Un enfant à un homme de Besné qui demeure dans ce bourg et qui est masson.

 

Donc, parfois, pas de noms. Le prénom, l’âge, le nom des parents, conjoint, témoins, le lieu du décès, font encore défaut bien plus souvent.

Deux renseignements cependant ne manquent pratiquement jamais: la date et le lieu de l’inhumation. S’il est normal que la date figure sur un registre tenu au jour le jour, le lieu aussi scrupuleusement indiqué donne à penser.

Il est sûr qu’à l’époque, et plus particulièrement dans la région, l’habitude fut d’enterrer les morts dans l’église. En avait-il toujours été ainsi ? C’est peu probable. Il est même presque certain que cette façon de faire date du XVII° siècle. Certes, de tout temps, des privilégiés ont eu droit à une sépulture dans le lieu du culte. Mais alors cette habitude était devenue une norme appliquée à tous.

 

Bien sûr, les coutumes variaient d’une paroisse à l’autre. On sait qu’à Saint-Nazaire, qui possédait deux cimetières, c’est à partir de 1670 que les enterrements se firent exclusivement dans l’église et dans la chapelle  N. D. d’Espérance. (Moret)

Généralement, les membres du clergé et de la noblesse avaient droit au chœur de l’église qui leur était réservé, les autres paroissiens disposaient de la nef. Ainsi le chœur, où l’on inhumait peu, pouvait être pavé, alors que le sol de la nef, souvent creusé, ressemblait à un champ.

Mais revenons à notre paroisse de Montoir et aux faits que nous connaissons avec certitude. Comme la plupart des églises, la nôtre se trouvait au centre d’un terrain qui avait été le cimetière mais qui n’était plus utilisé comme tel. Toutes les inhumations avaient lieu dans l’église.

 

Contrairement à ce qui se passait ailleurs, le chœur n’était pas réservé aux notables. De 1668 à 1686, le rapport est de 35 corps inhumés dans le chœur pour 65 dans la nef, soit 1 sur 3. Autrement dit, le choeur était aussi saturé que la nef et sûrement pas plus pavé qu’elle. Inutile de préciser également qu’il n’était pas alors question de bancs. On assistait aux offices debout.

Il y avait cependant une différence, c’est qu’on pouvait sans doute être inhumé gratuitement dans la nef, puisque les plus pauvres y reposaient, mais que pour avoir droit au chœur, il fallait payer.

Pendant cette même période, on relève deux sépultures dans le cimetière, quatre dans la chapelle de Méan, dont celle du chapelain fondateur et celle d’un noyé, dans le cimetière près de cette chapelle.

 

A partir de 1684 - 1685 apparaissent des enterrements dans la chapelle du Rosaire. Celle-ci constituait une aile de l’église s’avançant sur l’actuelle rue de Châteaubriand.

Les marguilliers fabriqueurs chargés des comptes de la paroisse tenaient à cette indication précise du lieu de sépulture: c’était pour eux un précieux moyen de contrôle des fonds perçus.

 

Pourquoi le besoin, à cette époque, d’enterrer tous les morts dans l’église ? Nous n’avons pas de réponse à cette question. Peut-être faut-il en chercher l’origine dans ce grand élan de religiosité qui couvrit le pays dans la seconde moitié du XVII°. L’idée que, pour assurer le salut des défunts, il fallait que leurs corps reposent en terre sainte, donc dans l’église, parait tout à fait vraisemblable.

Il nous est très difficile d’imaginer les rapports avec l’au-delà de ce monde où la mort était vraiment partie intégrante de la vie. La mère qui donnait le jour à un enfant savait qu’il avait autant de chances de mourir bientôt que de devenir adulte.

Chacun voyait, et parfois par véritables rafales, par familles entières, des proches s’éteindre. Mais le corps était là, avec l’esprit qui rôdait autour, que l’on ne voyait pas, mais qui restait présent parmi les siens. Entre vivants et morts, c’était un véritable compagnonnage. Il était donc normal que les corps reposent au plus près de Dieu, dans la terre sainte de l’église.

 

Ce qui était acceptable quand l’église ne recevait qu’un petit nombre de cadavres, devint vite insupportable. C’était une moyenne de 120 à 130 corps qu’il fallait chaque année enfouir dans le sol. Certes ceux des enfants ne prenaient pas beaucoup de place, mais tout de même !

On inhumait sans cercueil des corps nus. Le linceul ne servait qu’au transport, on ne pouvait se permettre de sacrifier une pièce d’étoffe dont le coût était important et l’usage fréquent.

La terre fut vite saturée. Il est facile, sinon agréable, d’imaginer ce brassage continuel du sol, mettant à jour les restes des morts des années précédentes pour y placer les nouveaux cadavres. Une année de grande mortalité, en 1676, c’est pour 255 corps qu’il fallut trouver place.

Imaginons l’atmosphère méphitique dans ce bâtiment clos, les relents montant de la terre saturée, l’odeur des cadavres que l’on apporte et qui bien souvent ont succombé à cette maladie des marais que l’abbé Allain appelle « dégoûtante», la dysenterie.

 

L’église St-Estienne devenue un véritable charnier restait le seul endroit vers lequel, de Kerfeuil à Penhoët, convergeaient les paroissiens pour les cérémonies de baptêmes, mariages et bien sûr sépultures.

Pour les messes dominicales et les cérémonies du culte les habitants des îles intérieures avaient leur chapelle de St-Joachim, ceux des îles du sud avaient St-Joseph à Méan. Ceux des îles du Clos et des environs utilisaient la chapelle dédiée à la Sainte Trinité et située dans un champ au milieu du bourg.

 

Il fallait trouver une solution au problème de l’église qui était d’ailleurs également celui des paroisses environnantes. La persuasion étant exclue, la seule possibilité était de frapper au gousset.

Le 28.01.1687 «fut ordonné 50 sols pour être enterré dans le chœur et 30 dans la nef». L’année suivante, le 02.07.1688, il en fut de même à St-Nazaire, avec un tarif légèrement inférieur: 48 et 24 sols plus demi-tarif pour les enfants.

Coïncidence étonnante, le 28.01.1687 justement, décédait Jan GRIMAUD, secrétain (sacristain) de la paroisse de Montoir, dont une des fonctions était le creusement des tombes.

Comme d’habitude, il fallut du temps pour faire appliquer l’ordonnance. Cependant, dès les années 1687 et 1688, le nouveau tarif fit tomber les inhumations dans le chœur de 35 à 20 % tandis que celles effectuées dans le cimetière atteignaient 9 corps en 1687 et 14 en 1688. A partir de 1690 la tendance est inversée et en 1699 les sépultures se font à 6 % dans le chœur, 33 % dans la nef, 51 % dans les cimetières et 10 % dans la chapelle du Rosaire.

Quant aux cimetières, on ne précise généralement pas, mais on trouve parfois: le grand ou le petit cimetière, le cimetière jouxtant le mur de l’église du côté du midi ou au nord.

 

En fait, il y avait deux terrains servant à cet usage, l’un au nord de l’église, l’autre au sud. Celui du nord, autour de la chapelle du Rosaire deviendra au siècle suivant le cimetière du Rosaire. Celui du sud, du côté de la chapelle St Jan, il deviendra le cimetière St Jan rapidement réservé aux petits enfants, jusqu’à 5 ans. On l’appellera aussi le petit cimetière ou le cimetière des Innocents.

Le problème n’était pas complètement résolu puisque 4 enterrements sur 10 se faisaient encore dans l’église et les paroisses environnantes n’étaient pas mieux loties. D’ailleurs, le remède appliqué se révélait à double tranchant. En effet les tarifs que l’on avait voulu dissuasifs constituèrent pour le Général de la paroisse une de ses principales sources de revenus. Donc, continuer à lutter contre les inhumations dans l’église, c’était tuer la poule aux œufs d’or.

Nous avons tenté, pour la dernière décennie du siècle, où les renseignements se font plus précis, d’estimer l’importance de la mortalité des enfants à Montoir. Voici le tableau qui en résulte :

 

DÉCÈS  DES  ENFANTS  ET  ADULTES  entre 1690 et 1700

 

Années

Enfants

Adultes

Total

%

enfants

1690

99

66

165

60

1692

64

50

114

56

1693

73

49

122

60

1694

80

68

148

54

1695

54

42

96

56

1696

91

55

146

62

1697

59

45

104

57

1698

55

42

97

57

1699

66

40

106

62

 

 

 

 

 

Total

641

457

1098

58

                  

Pour tenir compte des risques d’erreurs dues à l’imprécision des âges, on peut estimer que dans le nombre des décès, la part des enfants varie de 50 à 55 %. Il s’agit d’enfants dont les âges suivraient une courbe décroissante de 1 jour à 15 ans.

Une étude de la mortalité par années en fait ressortir quelques mauvaises : 1676 avec 257 décès bat tous les records, puis viennent 1690 avec 165 décès, 1686 et 1685 avec 158 et 157.

 

Déjà plus significative, une étude par mois indique que la période où la mortalité moyenne mensuelle est la plus forte (supérieure à 10) s’étend du mois de Septembre à Janvier, avec une tendance, qui s’amplifiera dans l’étude du siècle suivant, à des mois de Septembre et Octobre particulièrement mauvais.

Voyons maintenant les périodes à forte mortalité:

 

Les mois de Juin à Septembre 1670 avec une moyenne de 16

L’année 1676 avec deux périodes : Mars à Juillet moyenne 28 avec une pointe de 47 en Mai - Septembre à Novembre, moyenne 28 avec 35 en Septembre.

Octobre et Novembre 1678, moyenne 22

Octobre 1680 à Mars 1681, moyenne 22

Octobre 1682: 20

Février et Mars 1685, moyenne 29

Août à Décembre 1686, moyenne 22, avec 32 en Octobre

Février à Octobre 1690, moyenne 15

Octobre 1693 à Janvier 1694, moyenne 23.

 

Une autre recherche possible et intéressante c’est le calcul de la mortalité des femmes à la suite d’une naissance.

 

Un premier travail a consisté à établir un état de tous les couples ou mères célibataires ayant eu un ou plusieurs enfants entre 1667 et 1700 avec pour chacun les différentes dates des naissances. Ensuite il a fallu travailler sur les décès et rechercher pour chaque couple si la dernière naissance enregistrée n’avait pas été suivie du décès de la mère.

On a ainsi répertorié 1360 femmes dont 57 sont mortes à la suite d’un accouchement. Ce qui donne un coefficient de 4,2 %.

Il faut noter que tous les enfants sont enregistrés, même les anonymes, c’est à dire ceux qui sont pratiquement morts à la naissance, s’ils ne l’étaient pas avant; que l’on a tout de même ondoyés sans leur donner de nom afin de pouvoir les inhumer en terre sainte.

Il n’en reste pas moins qu’on ne retrouve pas ici les décès d’un certain nombre de femmes, à la suite de grossesses à problèmes et d’accouchements prématurés. Le coefficient de 4,2 % doit donc être majoré, mais de combien ? Il semble que 5 % soit un minimum.

Nous aurions voulu également étudier la longévité des gens, l’importance de la mortalité à chaque âge. Nous le ferons pour le XVIII° siècle, mais pour le XVII° cela est vraiment impossible.

 

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LE XVIIIème SIÈCLE

 

ÉTUDE  SUR  LES  PATRONYMES (noms et prénoms)

 

PREMIÈRE  PÉRIODE :  1712 - 1747

 

LES  PATRONYMES

 

Cette période part de 1712, année où les registres sont incomplets et s’arrête à la fin de 1747. La trêve de St-Joachim ayant été érigée  au mois de juin de cette année, il manque 19 naissances notées sur les nouveaux cahiers.

Les documents font cependant défaut pour les années 1713 - 1714 et 1717, ensuite la collection est complète.

C’est la première partie du règne de Louis XV avec, d’abord la régence de Philippe d’Orléans, puis les ministères Dubois, de Bourbon, Fleury.

5081 baptêmes ont été enregistrés dans la paroisse. Ils concernent 361 patronymes différents dont 314 comptent moins de 20 enfants chacun.

Les 47 autres en totalisent 3398, soit 67 % des naissances. Sur ces 47 noms, 6 représentent plus de 200 baptêmes, soit 1901 ou 37 % du total.

Trois d’entre eux dépassent les 300, soit 24 %. A eux seuls, les MOYON représentent 9,6 % de la population.

 

Liste des 47 patronymes par ordre d’importance :

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

MOYON

487

-

VINCE

219

 

JOUAUD

93

 

AOUSTIN

382

 

HALGAN

212

+

NICOLAS

85

+

MAHE

370

 

PHILIPPE

108

 

MACE

68

 

OLLIVAUD

231

 

FOURE

98

 

DENIAUD

56

 

BROBAND

55

-

ANDRE

28

+

RICHARD

22

+

RICORDEL

49

+

LECARD

28

+

VAILLANT

22

+

MAILLARD

43

+

MOISNARD

28

+

BERTHO

21

+

ROBERT

39

+

OLLIVIER

28

-

CHARON

21

+

LERAY

38

 

DULOC

27

+

LEBEE

21

-

DUPIN

37

+

DEBERT

26

-

MORET

21

 

MARTIN

37

+

LEGOFF

25

-

LE BARBIER

20

-

PEZERON

37

-

RABAS

25

-

ROTHOUX

20

-

TREMODEUC

31

+

AVENARD

23

+

RIALLAND

20

+

LOREAU

30

+

JULLIOT

23

+

BODET

20

-

THOMAS

30

+

OPIAIS

23

+

ORAIN

20

+

DESBOIS

29

+

BLANCHARD

22

 

 

 

 

44 de ces naissances sont illégitimes, soit moins de 1 %.

240 sont celles de jumeaux, soit 120 naissances gémellaires auxquelles il faut ajouter une naissance de triplés.

34 sont posthumes,

200 sont celles d’anonymes, enfants morts à la naissance, ondoyés sans leur donner de prénom.

 

 

LES PRÉNOMS

 

Prénoms masculins: les voici classés par ordre d’importance:                 

     Jean                        18,5 %

     Pierre                      17,0 %

     Guillaume                   6,5 %

     Joseph                       6,5 %

     Etienne                      6,0 %

     Julien                        6,0 %

     François                     5,5 %

     Jacques                     5,0 %

Puis, autour de 2 %, on trouve Luc, Denis, René, Louis, Joachim, Maurice ;

Viennent ensuite André, Claude, Noël, Michel, Gilles, Matthieu, Alexandre, Alexis, Thomas, Nicolas, etc...

 

Toujours la même stabilité qu’au siècle précédent. Les évolutions sont minimes. Le seul fait notable est la remontée de Joseph qui rejoint Guillaume à la troisième place. Paul est complètement inexistant. Peu de nouveautés : Alexis, Gabriel.    

 

Prénoms féminins: les voici classés dans le même ordre :

    

     Marie                       27,0 %

     Jeanne                     16,0 %

     Perrine – Péronnelle   14,0 %

     Anne                         7,5 %

     Julienne                     6,0 %

     Françoise                   5,0 %

     Rose                          3,5 %

 

Viennent ensuite Catherine, Madeleine, Renée, Jacquette, Guillemette, Elisabeth ou Isabelle autour de 2 %.

Puis quelques Louise, Raoulette, Geneviève, Claudine, Marguerite, Cécile, Olive, Reine.

A noter l’ascension irrésistible de Marie qui patronne plus du quart des filles et aussi celle d’Anne qui atteint la quatrième place.

On remarque des prénoms nouveaux: Cécile, Gabrielle, Thérèse et aussi l’expansion de Rose qui avait fait son apparition dans les dernières années du XVII° siècle.

 

 

DEUXIÈME PÉRIODE 1748 - 1792

 

LES PATRONYMES

 

Le 18 Juin 1747, le recteur de Montoir bénissait les fonts baptismaux et le cimetière de St-Joachim, mais ce n’est que le 12 juillet suivant que le premier baptême était effectué et enregistré dans la nouvelle succursale.

A partir de cette date, il y a donc pour la paroisse deux registres: celui de l’église St-Estienne et celui de la chapelle St-Joachim.

Cette période couvre la deuxième partie du règne de Louis XV et celui de Louis XVI. Les enregistrements de 1792 furent perturbés par la passation des documents de la paroisse à la municipalité et ceux de St- Joachim manquent totalement.

Pour avoir une étude cohérente avec ce qui a été fait précédemment, les renseignements fournis par les registres de la paroisse et de sa succursale ont été réunis. Voici donc un tableau établi sur les mêmes bases que celles utilisées jusqu’à présent pour l’ensemble de Montoir qui ne forme toujours qu’une seule paroisse dont St-Joachim n’est qu’une annexe.

Le nombre des baptêmes est de 7354. Ils concernent 405 patronymes différents. 358 de ceux-ci représentent 2436 naissances.

Il en reste donc 47 qui, avec un minimum de 24 enfants chacun, totalisent 4918 naissances.

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

MOYON

752

+

BERTHO

53

+

POULLIER

36

 

AOUSTIN

701

 

DESBOIS

51

 

LEBEE

34

 

MAHE

676

 

LERAY

50

+

BOULET

33

 

HALGAN

306

 

LOREAU

48

 

RICHARD

32

 

OLLIVAUD

296

+

OPIAIS

47

+

LEBEAU

32

 

VINCE

256

+

SIMON

47

+

CANQUOIS

31

 

PHILIPPE

126

+

CHARON

47

+

BLOYET

29

 

FOURE

123

+

EVAIN

46

-

BROBAND

29

 

MACE

80

-

DUPIN

46

+

FOURNIER

29

+

TREMOUREUX

79

+

CHAUVE

45

+

TACONNET

28

 

JOUAUD

65

 

PEZERON

43

+

CRIAUD

25

+

THOMAS

64

+

ALLAIRE

42

+

LEFEUVRE

25

+

VAILLANT

63

 

LEGOFF

38

+

BOUCAND

24

 

RICORDEL

63

-

TREMAUDEUC

38

+

LANDEAU

24

 

ROBERT

59

-

NICOLAS

38

+

EON

24

+

DAVID

57

+

LABOUR

38

 

 

 

 

 

Les 47 patronymes ci-dessus représentent donc 67 % des naissances. 6 d’entre eux, avec plus de 250 enfants chacun en font 40 %.

Trois dépassent les 650, soit 29 %. En tête, les MOYON arrivent à 10,2 % avec 752 naissances sur 7354.

Voici le même travail, mais uniquement pour la succursale de St- Joachim. Cela donne :

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

AOUSTIN

588

 

LEGOFF

38

 

MAHE

575

 

PEZERON

29

 

MOYON

552

 

TREMAUDEUC

25

 

VINCE

183

 

DESBOIS

16

 

HALGAND

162

 

BLOYET

15

 

OLLIVAUD

135

 

MEAUDE

15

 

FOURE

103

 

GOURHAND

14

 

PHILIPPE

71

 

BOULET

11

 

THOMAS

61

 

DULOC

11

 

VAILLANT

47

 

TACONET

11

 

DAVID

42

 

PERRAUD

10

 

Le nombre total de baptêmes concernés est de 2871, se rapportant à seulement 64 patronymes différents.

Les trois plus importants comptent à eux seuls 1715 enfants, soit 60 % du total.

Le groupe des 7 noms les plus typiques de St-Joachim arrive à 2298 soit 80 %.

Les 22 noms qui dépassent un minimum de 10 naissances chacun en représentent 2714, donc 95 %.

Il reste 42 patronymes divers qui ne font que 5 % des naissances à eux tous.

 

D'un premier examen de ces chiffres concernant la deuxième moitié du XVIII° siècle il résulte ceci:

La population des îles constituant la succursale de St-Joachim représente sensiblement 40 % de l’ensemble de la paroisse (à condition, bien sûr, que les taux de fécondité soient les mêmes). Ceci sous-entendrait une densité de population particulièrement forte.

Cette population est très homogène. En fait, c’est elle qui donne son caractère propre à l’ensemble de Montoir.

 

La répartition des baptêmes par patronymes, mais uniquement pour le territoire qui reste, après exclusion de St-Joachim, est la suivante:

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

Nom

 

 

MOYON

200

 

CHARON

47

 

CRIAUD

25

 

OLLIVAUD

161

 

DUPIN

46

 

LEFEUVRE

25

 

HALGAND

144

 

CHAUVE

45

 

BOUCAND

24

 

AOUSTIN

113

 

EVAIN

43

 

LANDEAU

24

 

MAHE

101

 

ALLAIRE

42

 

EON

24

 

MACE

80

 

SIMON

39

 

BOULET

22

 

TREMOUREUX

79

 

NICOLAS

38

 

FOURE

20

 

VINCE

73

 

LABOUR

38

 

VAILLANT

16

 

JOUAUD

65

 

POULLIER

36

 

DAVID

15

 

RICORDEL

63

 

DESBOIS

35

 

PEZERON

14

 

ROBERT

59

 

LEBEE

34

 

BLOYET

14

 

PHILIPPE

55

 

RICHARD

32

 

TREMAUDEUC

13

 

BERTHO

53

 

LEBEAU

32

 

THOMAS

3

 

LERAY

50

 

CANQUOIS

31

 

LEGOFF

0

 

LOREAU

48

 

BROBAND

29

 

 

 

 

OPIAIS

47

 

FOURNIER

29

 

 

 

 

 

Le total des baptêmes est de 4483. Le patronyme le plus répandu est toujours MOYON, mais il  ne représente plus que 4,5 %. Les 6 les plus importants ne font que 18 %.

 

Les naissances illégitimes sont au nombre de 71 dont seulement 12 pour St-Joachim. Donc, pour l’ensemble de la paroisse, on reste dans les normes précédentes, un peu au dessous de 1 %. Cependant ce taux n’est que de 0.4 % pour la succursale, alors qu’il monte à 1.3 % pour le reste de Montoir.

Les enfants nés posthumes sont 42 dont 15 pour St-Joachim. Ces chiffres sont sans doute légèrement inférieurs à la réalité, à une époque où l’on navigue beaucoup. Il est en effet probable que la mort en mer de certains pères n’avait pas encore été signalée lors de la naissance de leur enfant. 134 naissances sont gémellaires, soit 268 jumeaux et en plus une naissance de triplés.

 

LES PRÉNOMS

 

Prénoms masculins: pour toute la période concernée et pour l’ensemble de la paroisse, afin de pouvoir comparer avec les études précédentes:

    

Paroisse

%

Jean

21,5

Pierre

18,5

Joseph

8,0

Etienne

7,5

François

7,0

Julien

6,0

Guillaume

5,0

Jacques

4,0

Joachim

2,5

Louis

2,5

Luc

2,5

 

Puis, autour de 1,5 à 2 %: Denis, André, René. Ensuite Gilles, Michel, Yves.

 

Donc, confirmation de la prédominance de Jean et Pierre, qui, en deux siècles, n’a fait que s’affirmer.

Joseph, aidé par la religiosité de l’époque et sa tutelle sur le chapelle de Méan, gagne la troisième place.

Etienne, le patron de la paroisse, et François remontent aussi. Julien et Jacques restent stables. Guillaume continue sa descente, tandis que Joachim, Louis et Luc remontent légèrement.

Il faut noter aussi qu’à cette époque et aussi bien pour les filles que pour les garçons, se développe peu à peu l’habitude déjà précédemment remarquée, d’ajouter au prénom principal un ou plusieurs prénoms complémentaires. Cette façon de faire, qui devrait faciliter l’identification des individus, est bien souvent un handicap par l’utilisation qui en est faite ensuite: ainsi une fille baptisée Marie-Anne pourra figurer sur d’autres actes (mariage, décès, parrainage) sous les vocables: Marie, Anne-Marie, Anne, Marianne. D’où une source d’erreurs, et en tous cas de difficultés pour les recherches.

 

Pour ce dernier demi-siècle il est possible d’affiner cette étude, d’une part en étudiant séparément St-Etienne et St-Joachim et même en considérant deux périodes pour St-Etienne: 1748 - 1769 et 1770 - 1792. Ce qui donne, en pourcentages :

 

St ETIENNE

1748-1769

1770-1792

Jean

19,5

20,0

Pierre

16,5

19,0

Etienne

10,5

9,5

François

9,5

9,0

Joseph

9,0

7,0

Julien

4,0

6,0

Guillaume

5,0

2,0

Louis

2,5

4,0

Jacques

2,5

2,5

Luc

2,0

2,0

René

2,5

1,5

Denis

1,0

0,5

André

 

1,5

Joachim

 

0,5

 

St JOACHIM

1748-1791

Jean

24,0

Pierre

19,5

Joseph

7,5

Guillaume

7,5

Julien

7,0

Jacques

6,5

Joachim

5,5

Denis

4,0

Etienne

3,5

François

3,0

Luc

3,0

Louis

1,0

André

1,5

René

0,5

 

Que peut-on en déduire ?

- La prédominance de Jean et Pierre est encore plus nette dans la succursale que dans le reste de la paroisse.