BASE GENEALOGIQUE DE BRIERE
![]()
Généralités
socio-économiques au XVIIème et au XVIIIème siècles
Un
peu d’histoire Généralités socio-économiques Chronique
Briéronne
L’affaire de Pendille (1792) Le Pays, cartographie générale Classes sociales et professions de Henri IV à
Louis XVI
Brière et briéron
QU’EST-CE QUE LA BRIERE ?
De nos
jours il n’est pas évident de répondre aux questions : Qu’est ce que la Brière
? Qu’est-ce qu’un Briéron ?
La Brière
est généralement perçue comme un immense marais de
Juridiquement
il est admis que les propriétaires indivis de la Brière sont les habitants des
communes riveraines. Insistons sur le fait que là encore, le terme «Brière»
désigne la partie inhabitée. Cette indivision est gérée par une commission
syndicale créée par Louis-Philippe le 3 octobre 1838. Les habitants de chaque
commune intéressée y ont un représentant ou syndic.
Ces
communes sont au nombre de 21. Citons-les :
Montoir,
St-Joachim, St-Malo-de-Guersac, Trignac, Donges, La Chapelle-Launay, Prinquiau,
Besné, Crossac, Pontchâteau, Missillac, Ste Reine, La Chapelle-des-Marais,
Herbignac, St-Lyphard, St-André- des-Eaux, Guérande, St-Nazaire, Pornichet, La
Baule-Escoublac, La Turballe.
Certains
vont jusqu’à considérer, en partant de là, que le territoire de la Brière est
composé de l’ensemble de ces communes et que leurs habitants sont des Briérons.
Sur le
papier, avec des lois et des réglements, on peut faire tout ce que l’on veut,
mais un titre de propriété n’a jamais changé la nature d’un homme. Il serait
bien étonnant que le pêcheur turballais, l’hôtelier baulois, le métallo
nazairien, le commerçant des abords de La Roche-Bernard ou de Sévérac, se
sentent vraiment briérons, surtout si leurs parents étaient Corses ou
Alsaciens.
Non, un
Briéron cela doit bien être autre chose.
Mais
revenons à nos XVIIème et XVIIIème siècles, et remontons même dans le temps à
la recherche des documents parlant de la Brière, des rapports avec elle de ses
riverains, de leurs droits sur elle si souvent évoqués lors des projets de
dessèchement.
Il
n’est pas ici question de faire une étude juridique sur le droit de propriété
ou le droit coutumier, ni d’ouvrir une
polémique à ce sujet.
Mais
cela mérite, semble-t-il, d’essayer de se mettre dans la peau des gens de cette
époque, réagissant simplement en êtres humains, devant des faits concrets, dans
la société qui est la leur, et d’essayer de traduire ces réactions dans notre
langage à nous.
Le plus
ancien document que nous connaissions est la fameuse lettre patente que le duc François
II, père d’Anne de Bretagne, adressa le 8 août 1461 au sénéchal et au procureur
de Guérande. L’original en est disparu mais nous en avons une copie datant du
21 avril 1777 et conservée au A. D. L. A. à la cote B 123.
1461
c’est l’année de la mort de Charles VII et de l’avènement de Louis XI. La
guerre de 100 ans est terminée depuis quelques années laissant le pays dans un
état désastreux. Les marais de Brière n’ont pas échappé à la ruine. L’entretien
des étiers, canaux, douves et rigoles qui permettaient l’évacuation des eaux
vers la Loire a été abandonné. Peu à peu ces ouvrages se sont obstrués,
transformant en marécages impraticables les marais autrefois utilisés par les
riverains pour le tourbage, la nourriture et la litière de leurs animaux.
Charles
de Coesme, seigneur de Cuneix et de la nouvelle vicomté de St-Nazaire, créée en
sa faveur à l’occasion de son mariage avec la sœur du vicomte de Donges, est
fort marri de cet état de fait. Sans doute n’est-il pas insensible à la peine
de ses vassaux qui ont ainsi perdu des moyens de vivre plus à l’aise mais il se
dit aussi que c’est pour lui une perte importante et qu’une remise en état lui
permettrait de réévaluer ses afféagements.
Cependant,
seul, il ne peut rien faire. Il s’adresse alors à son suzerain le duc de
Bretagne qui ayant autorité sur les autres seigneurs riverains de la Brière,
ses vassaux, peut engager une action cohérente pour l’évacuation des eaux
stagnantes.
Au reçu
de la supplique, le duc, qui a lui aussi beaucoup de problèmes avec la remise en état de son duché, se dit
qu’il y a peut- être là quelque chose à faire et il écrit à ses représentants à
Guérande. Traduisons les passages intéressants :
-« Il y a une certaine manière de lac en la
paroisse de Montouer, assez près des pastures situées du côté de la Brière, en
notre juridiction de Guérande»...
-«Le peuple de Montouer, St-Nazaire, St-André,
Escoublac et autres paroisses est empêché par les eaux d’aller à la dite brière
dont ils tiraient leurs mottes et leurs foins, ce qui est un grand préjudice et
dommage pour le suppliant (Cuneix), les nobles et leurs sujets».
-«Si l’on pouvait faire le nécessaire pour
que les eaux puissent choir dans la mer, ce serait un grand bien et profit pour
le dit suppliant et autres nobles et sujets, pour nous-mêmes (le duc) qui en
aurions les rachats, et pour le bien public»
- En
conséquence il commande à son sénéchal et à son procureur de faire appel à tous
ceux, nobles et notables, intéressés dans cette affaire, pour qu’ils assurent
le financement et l’exécution des travaux
Quelle
suite eut cette missive ? Nous l’ignorons. Mais il ne semble pas qu’elle
changeât grand chose à la situation.
Conclusions
à tirer :
- La
Brière est bien cet espèce de lac s’étendant autour de Montoir.
- Les
vassaux des seigneurs riverains avaient l’habitude d’y aller chercher des mottes pour leur chauffage et de la
nourriture pour leurs bêtes.
- Si
les choses pouvaient s’améliorer cela permettrait aux vassaux d’être plus à
l’aise. Les seigneurs pourraient augmenter leurs prélèvements sur eux et le duc
en avoir sa part.
Dans
les divers «Moyens d’opposition» au dessèchement des marais, il n’est pas fait
mention de cette lettre patente, sans doute parce qu’elle était inconnue,
enfouie qu’elle était dans les papiers d’un notaire de St-Nazaire. La tradition
gardait le souvenir d’un don fait par Anne de Bretagne de la Brière aux
Briérons. Sans doute s’agissait-il de ce document.
C’est
l’aveu rendu au roi François Ier en 1542 par Suzanne de Bourbon, vicomtesse de
Donges et tutrice de son fils Claude II de Rieux qui servit de base aux
riverains pour faire valoir leurs droits, confirmés par d’autres aveux
ultérieurs. Ces documents sont conservés aux A.D.L.A. à la cote B 1834. (folio
288 recto du livre de l’ancienne réformation voir aussi E 444)
La dame de Donges en inféodant au roi les
marais, fréault et communs, tant sous-bois que pastures appelés les brières
qu’autres communs de marais, déclare que les hommes et sujets de la dite
vicomté sont en position d’y aller et venir, de prendre et couper des mottes
pour chauffage, les litières pour fourrage, bois pour chauffage, clore leurs
terres, faire escluses et autres leurs affaires et aussi y conduire et mener
leur bestes sans pouvoir en être empêchés en aucune manière.
C’est
là le document de base pour la revendication des droits des riverains sur la
Brière. Mais ce n’est pas là notre propos.
Notons
simplement que cela se passe dans le cadre de la vicomté de Donges et concerne
donc tous les sujets de la dite vicomté et tous les marais en dépendant , c’est
pourquoi on y parle «des brières».
Ce
texte a été repris dans tous les aveux qui ont suivi.
Il faut
savoir qu’un «Aveu» était une déclaration détaillée qu’un vassal faisait à son
suzerain de tous ses titres, ses biens, rentes etc... qu’il tenait de son fief.
Disons le plus prosaïquement : sa déclaration de revenus. Et à quoi sert une
déclaration de revenus ? A calculer le montant des impôts. Avec des nuances,
cela n’a pas beaucoup changé.
Les
vicomtes de Donges ont donc toujours déclaré la Brière( ou les brières) comme
partie de leur fief. Ce qui est normal dans la coutume féodale : «pas de terres
sans seigneurs».
Par
contre il était important d’y faire figurer les droits des vassaux, car ces
terres ne rapportant rien à la vicomté, elle n’était pas disposée à se voir
imposée à leur sujet.
Et si
les seigneurs n’inféodaient pas ces terres contre redevances, c’est qu’il n’y
avait rien d’intéressant pour eux à en tirer.
En
septembre 1774, lors d’une longue discussion qui accompagna la présentation des
«Moyens d’opposition» de la paroisse de Prinquiau, sans doute les plus sérieux
et les mieux argumentés de l’espèce, on dit expressément que les
reconnaissances des droits des vassaux à utiliser les marais viennent de ce que
les seigneurs n’en avaient aucune utilisation pour eux-mêmes.
Par
contre toutes les terres cultivables, aussi bien à Fédrun que dans les autres
îles étaient inféodées avec redevances.
De tout
cela on peut déduire une définition restrictive de la Brière, limitée au grand
marais allant de Crossac à St-Lyphard et de Méan à La Chapelle-des-Marais. Une
définition plus large peut l’étendre aux régions marécageuses allant de
Pontchâteau à Mareil. C’est alors qu’on parle «des brières».
Alors
qui est «Briéron» ? Tous les habitants des îles bien sûr, mais aussi tous ceux
du pourtour qui sont au contact quotidien du marais. Cependant, là encore il y
a briéron et briéron.
QU’EST-CE QU’UN BRIERON ?
Objectivement
on peut classer les Briérons en 3 catégories :
- Les
Briérons-paysans, ceux du pourtour, pour qui la Brière n’est qu’accessoire.
- Les
Briérons des îles, de Montoir en particulier, puisque cette paroisse est
l’objet de la présente étude.
- Les
Briérons-briérons, ceux des îles intérieures groupées autour de la chapelle
St-Joachim. Vivant presqu’exclusivement de la Brière et en endogamie presque
parfaite, ils ont constitué une véritable race, robuste et prolifique qui
continue à irriguer le reste de la paroisse. Ils sont l’archétype du Briéron.
Situons
le pays dans le contexte des XVIIème et XVIIIème siècles. La région où
s’inscrit la Brière, disons l’entre-Loire et Vilaine, est essentiellement
agricole. Depuis quatre siècles déjà son aspect général est fixé. Les massifs
forestiers sont limités aux forêts de la Madeleine, dela Bretesche et plus loin
celle du Gâvre. La plupart des terres exploitables l’ont été. Le marais de
Guérande a été transformé en salines.
Seul le
marais briéron a gardé son caractère primitif.
L’agriculture
française à cette époque est essentiellement vivrière et comme la nourriture
est à base de céréales, les terres qui peuvent être cultivées sont consacrées à
cette production. L’élevage est très réduit. Dans ces conditions une année de
mauvaise récolte provoque la famine. Or nous sommes dans ce qu’on appelle la
petite ère glaciaire. Les étés pourris ne manquent pas.
C’est
dans ce cadre que vivent les habitants du pourtour de la Brière. Ils sont
paysans comme leurs semblables bretons. Ayant le marais à leur porte, ils en
profitent pour en tirer un supplément de chauffage, avec la coupe de la motte,
un supplément de foin et de litière pour leurs animaux qu’ils peuvent de ce
fait avoir en plus grand nombre. Ils peuvent aussi, par le piégeage du poisson
et du gibier d’eau agrémenter leur menu quotidien.
Les
riverains des marais de Bougaille, Donges, Prinquiau, Besné, n’y tourbent pas
mais ils y ont des plantations de saules qui leur assurent le chauffage. Ils y
récoltent aussi en grande quantité des glayeulx pour la nourriture hivernale
des animaux.
(…….)
les documents consultés jusqu’à présent permettent de fixer quelques points.
Agriculture : Le 9
Thermidor an II, la municipalité de Montoir fait un exposé de la situation de
la commune (12 JJ 15) on y lit :
- Que
les 3/4 du sol de la commune, soit
-
L’autre quart est en labour, emblavé en: Froment =
Le
surplus (
La
production est en année moyenne de :
Froment
= 315 tonnes Seigle = 12 tonnes
Avoine = 26,5 tonnes Orge
= 65 tonnes
On peut
en déduire un rendement moyen à l’hectare de:
Froment=486Kg Seigle=375Kg
Avoine=407Kg Orge=500Kg
Ceci
bien sûr dans la mesure où les chiffres de base sont exacts
Le
tonnage de froment nécessaire pour la subsistance des habitants étant évalué à
540 tonnes, soit 45 tonnes par mois,la récolte ne couvre donc que les besoins
de 7 mois. Il faut en importer 225 tonnes. Ceci pour une année normale, mais
bien souvent la moisson locale ne couvre que 2 mois
En
recoupant d’autres informations (12 JJ 14), on peut estimer les productions de
:
Blé
noir = 26 tonnes Pois et fèves =13
tonnes Millet =2 tonnes
Mèture
(mélange de froment et seigle) = 13 tonnes
Tous
ces chiffres représentant bien sûr des approximations plus ou moins larges.
Les
terres ainsi cultivées sont évidemment celles des îles et Guersac y doit avoir
une part importante puisque nous savons par ailleurs (B 1905) qu’avec les îles
de St-Joachim elle fournissait un siècle plus tôt le 1/3 de l’avoine et les 2/3
du froment prélevé par la vicomté.
La
vigne n’est pas sans importance. De nombreuses parcelles lui sont consacrées.
On en trouve d’éparpillées dans l’île du Clos, mais aussi à Guersac.
Le
cépage la plus répandu est «la vigne blanche».
Elevage :Les
moutons sont la principale richesse des éleveurs. Il y en a sur toutes les îles mais en petite quantité.
On ne peut pas faire en même temps du grain et de l’élevage. La production
importante d’ouayes (agneaux) se fait dans les prés marais, en particulier dans
la grande prairie entre le bourg, Trignac et Méan.
Il y a
aussi quelques porcs, quoique leur terrain de prédilection soit le couvert,
inexistant sur la paroisse.
Le
petit élevage consiste en poules et poulards avec production intensive de
chapons dans les chaponnées de l’île du Clos.
Noter
aussi les nombreuses ruches dont la production la plus précieuse est la cire
recherchée pour l’éclairage des maisons nobles et bourgeoises.
Il y
aussi un élevage assez important de chevaux. Ils sont surtoututilisés pour le
transport des personnes, montés où dans les brancards d’une carriole. Les
cavales pleines ou suitées courent le marais. C’est une race rustique mais
petite. Jamais l’armée n’y a trouvé d’animaux lui convenant, aucun n’atteignant
les
C’est
pour les bovins qu’il serait intéressant de fouiller d’autres documents dans le
but de confirmer ou d’infirmer leur absence presque totale. Il n’est question
des bêtes à cornes que comme «agents du labourage». Il y en a dans les
métairies. Peut-être sont-elles en meilleur état que celles dont parlent les
riverains de Besné, disant que «la race
s’abatardissait, allant chercher leur nourriture dans les marais, de la fange
jusqu’au ventre et qui s’ils étaient mieux nourris rendraient aux champs leur
fertilité.» (C 111)
- La
motte, «vulgairement appelée tourbe», le moyen de chauffage traditionnel
des Briérons, mais aussi le seul car il n’y a pas de bois dans les îles, est
devenu, en plus, le produit d’exportation du marais.
C’est
la partie que nous appelons de nos jours la Grande Brière mottière qui est
exploitée d’une façon intensive. Il y a parfois des coupes dans les autres
marais, mais de façon exceptionnelle.
Le 24
juillet 1775, les commissaires rencontrent HALGAN, CLEMENCEAU, DAVY, notables
de Montoir, près de la chaussée d’Eran. Ayant creusé dans le sol un trou de
A
partir de ce moment, tout au cours de l’enquête, dans tous les marais où ils
iront, les enquêteurs entendront le même plaidoyer.
Les
habitants de toutes les paroisses riveraines peuvent aller se servir en Brière,
mais généralement ils le font très peu car ils disposent de bois pour leur
chauffage. Ceux qui y ont vraiment recours sont les paroissiens de Montoir et
essentiellement ceux de la trêve de St Joachim qui, leurs besoins satisfaits,
font commerce du superflu.
Les
gens de la Chapelle des Marais sont à peu près dans la situation de ceux de
Montoir.
Ce
combustible à une faible valeur calorifique, mais son prix lui aussi est bas. C’est le
chauffage des pauvres. Certains Briérons vont eux-mêmes le vendre à Nantes,
mais il en est exporté jusqu’à Bordeaux et à Brest. La motte sert de fret de
retour aux innombrables petits bateaux qui font le cabotage le long des côtes.
Le
roseau : Plante essentiellement aquatique est utilisé bien sûr comme litière
pour les animaux mais son rôle noble est
d’assurer la couverture des maisons.
Dans un
pays où il n’y a ni ardoisières ni terre susceptible d’être utilisée pour la
fabrication de tuiles, ni même assez de paille comme on en trouve sur les
maisons de paysans, le roseau est vraiment le matériau idéal.
Il est
disponible sur place et en quantité.
La
charpente nécessaire pour le soutenir est économique, parfois un morta (arbre fossilisé) pour la
poutre de faîtage, autrement quelques perches et mauvaises branches suffisent.
Pas de bois équarri. Et en plus un pouvoir d’isolation thermique certain.
Le
roseau a de tout temps servi à la construction des loges, les anciennes maisons
briéronnes qui ne servent plus que d’écuries ou de remises. Là il ne constitue
pas seulement la couverture, mais aussi les parois et les portes.
Les
coupes de roseau se faisaient en principe tous les 3 ans mais en réalité tous
les 4 ou 5 ans, car trop souvent les habitants étaient obligés d’aller, de
l’eau jusqu’au ventre, couper les jeunes pousses pour assurer la nourriture de
leurs animaux au printemps quand les prés et marais étaient inondés très avant
dans la saison (C 112).
Le jonc - Lui aussi peut servir pour la couverture mais il a une utilisation bien spécifique :
fagoté et sec il sert à chauffer les fours, remplaçant ainsi les épines
traditionnelles dont le pays est dépourvu.
Les
poissons - Anguilles et pimpenauds toujours présents dans
ce pays sont un élément important de l’alimentation.
Le
gibier d’eau - dont le piégeage est une des passions du
Briéron, a aussi une part non négligeable dans sa nourriture.
Les
canards - Issus des cols verts sauvages et domestiqués, vivent en liberté
surveillée dans le marais où ils trouvent leur nourriture et élèvent leurs
couvées. Puis ils rentrent à la maison mère, leur port d’attache. Il en est de
même pour quelques oies.
Les
différents métiers exercés à Montoir seront étudiés dans un autre chapitre.
Il en
est cependant un à découvrir, celui de «briéron». Eh oui ! Ce terme recouvre
tout. C’est l’habitant d’un pays, mais aussi son métier, sa façon de vivre.
Le
Briéron n’a pas l’âme d’un paysan. Dans ses îles la terre cultivable est
réduite et la population nombreuse. Il en est résulté une parcellisation
extrême des terres dont le travail s’apparente plus à celui d’un jardinier qu’à
celui d’un agriculteur.
Entre
le chemin qui cerne l’île et le marais, la levée de terre légère sert de
potager où sont cultivés pois, fèves, carottes, navets. Le centre de l’île, la
gagnerie, libre de toute habitation et plantation est divisée en lopins où
chaque famille cultive des céréales, essentiellement le froment et le blé noir
qui peu à peu a remplacé le millet.
Le sol
se travaille à la main. La terre retournée à la bêche est beaucoup mieux
préparée qu’avec l’araire ou la charrue. La jachère y est inconnue car la terre
est enrichie par l’apport reconstituant d’un mélange de fumier animal, de
déchets domestiques, de déjections humaines, du produit du nettoyage des curées
et des débris de tourbe. C’est ce qu’on appelle le «mâni».
«Dans toutes les paroisses on manque de
fumier, sauf à Montoir où il y a peu de terres labourables en comparaison des
prés et marais qui y sont plus praticables et des bestiaux et chevaux qu’on y
nourrit» (C 112)
Nous
avons vu que le Briéron est aussi pêcheur et chasseur. On devrait plutôt dire
piégeur ou trappeur.
Il est
aussi coupeur de mottes à la saison, avec tout ce que cela comporte : le
séchage, le transport, stockage, commercialisation.
Si l’on
trouve des couvreurs en ardoises au bourg de Montoir, il n’est jamais fait
mention de couvreur en chaume. Cela fait également partie du métier de briéron.
Il n’y a
pas de charrettes dans les îles, peu de traction animale. Le moyen de transport
est le chaland qui navigue sur un réseau de curées et de canaux reliant toutes
les îles. Du chaland à la maison ou au champ il n’y a jamais bien loin. La
liaison est assurée par le charigot (brouette) et la cage, la civière si l’on
est deux. Mais son chaland et autres moyens de transport, c’est le Briéron qui
se les construit. Cela lui donnera un sens inné du travail du bois qui en fera
un charpentier renommé dans la marine. Il fabrique aussi ses mannes (paniers de
bois) et ses bahoules (petits coffres de bois servant de garde-manger
portatifs).
On a
beaucoup glosé, surtout au XXème siècle sur le Briéron, être noir, frustre, à
demi sauvage, comme le présente Alphonse de Chateaubriant, mais il n’est pas si
loin le temps où c’était là le lot de tout paysan.
Cependant
le Briéron a bien une spécificité. On le considère et il se considère
différent. Essayons de voir la situation en ces années 1600/1800.
Le
paysan est un homme de la glèbe. C’est la terre qui le fait vivre ou le laisse
mourir. Le Briéron a bien sa levée et sa gagnerie, mais c’est essentiellement
un homme de l’eau. Il y trouve toujours
de quoi survivre.
Les
terribles périodes de famines dues aux vicissitudes climatologiques, sont donc
moins ressenties par lui. Si sa gagnerie le trahit, le marais est là pour
relativiser les difficultés.
L’homme
des champs a son horizon limité aux quelques hectares qu’il exploite. Le
Briéron a l’immensité du marais à sa disposition.
Le manant
a toujours un seigneur dont il dépend et qui prélève une partie de sa récolte.
Le Briéron aussi, par ces îles, est rattaché à un fief, mais le morcellement de
la terre y est tel que seules les parcelles les plus importantes peuvent être
imposées. Et puis, surtout, il est maître chez lui dans sa Brière.
Retiré
dans ses îles difficilement accessibles, il se sent un homme libre. Cette
liberté unique dans le monde qui l’entoure c’est sa fierté et il est prêt à la
défendre farouchement.
Ce
sentiment de différence est aussi ressenti par le monde rural qui l’environne.
C’est l’origine de sa réputation de sauvagerie qu’il ne fait rien d’ailleurs
pour atténuer.
Au
XIXème siècle on l’a accusé d’être à l’origine de maladies dégoûtantes (Allain : Crossac). Il est certain que les
maladies paludéennes, en particulier les dysenteries, devaient parfois faire
des ravages dans la population. Cependant son isolement le protégeait des
épidémies venant de l’extérieur.
D’ailleurs
l’étude démographique montre ici une population en accroissement continu,
vivace, recevant peu d’apports étrangers mais au contraire allant vers
l’extérieur.
Au
fond, ces Briérons de la trêve de St-Joachim, ces sauvages qu’on affecte de
mépriser, ne seraient-ils pas plutôt l’objet d’un sentiment d’envie. On sait
déjà leur vitalité, la part de plus en plus importante qu’ils prennent
démographiquement dans la paroisse. Mais quand on considère l’établissement de
la contribution foncière (12 JJ 15), on s’aperçoit que s’ils possèdent une
grande quantité de maisons dans leurs îles (ce qui est normal étant donné la
population), les immeubles dont ils sont propriétaires dans le reste de la
paroisse sont à peu près le tiers de ceux situés dans leur trêve.
Considérant
le terme «immeuble» dans son sens fiscal on s’aperçoit que nos gens de
St-Joachim possédaient, en plus de leurs propres biens, environ 13 % du foncier
de Montoir. Ils ne se défendaient pas si mal nos ancêtres.
Mais on
peut bien se poser la question : le fait que les femmes de la trêve, les Briéronnes,
semblent avoir joué dans la vie publique un rôle de premier plan,
n’expliquerait-il pas cela ? Leur influence et leur sens de l’économie n’y sont
sans doute pas étrangers.
Fier et
libre, intransigeant sur ses droits, maître chez lui et méfiant vis-à-vis des
étrangers. C’est le Briéron tel qu’en lui-même il se complait et tel qu’il
restera longtemps malgré les lentes adaptations aux temps nouveaux.
LES MESURES COUTUMIERES A
MONTOIR
Chaque seigneur
pouvant fixer lui-même les mesures utilisées sur ses domaines, il y avait
parfois de grosses différences d’un lieu à un autre.en voici quelques unes
utilisées à Montoir dont il faut noter le caractère approximatif:
MESURES LINEAIRES
1
lieu = 2400 toises =
1
Toise =
1
ligne =
1 toise
pour les douves =
1
aulne = 5 empans
=
1 empan =
MESURES
DE SURFACE
1
journal = 49
ares
1
journée de 40 sillons = 32 ares
1 «
« 30 « =
24 ares
1
sillon =
1 raie =
1
hommée de faucheur = 34 ares
1 lèche = 24 à 32 ares
MESURES DE
POIDS
1
marc =
1
quartier =
1
truellée = ?
parfois poids, parfois capacité
Toute reproduction, même partielle, de cet
ouvrage pour quelque usage que ce soit est formellement interdite. Cette clause
est garantie par les alinéas 2 et 3 de l'art. 41 de la loi du 11 mars 1957 et
par le premier alinéa de l'art. 40. Toute dérogation constituerait une
contrefaçon sanctionnée par les art. 425 et suivants du Code Pénal.